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Macron : le deuxième quinquennat de Sarkozy

« Je ne prépare pas mon retour », dit Nicolas Sarkozy sur TF1. Stricte vérité. L’ancien président n’a nul besoin de préparer son retour : il est déjà revenu. Dans les médias, pour parler de son livre : dix-huit minutes au 20 heures, avec des bonnes feuilles, des entretiens, des reportages photos, des couvertures d’hebdos, des émissions de radio, des apparitions dans les quotidiens régionaux. Ce n’est plus un lancement, c’est un bombardement. Mais surtout, Sarkozy est revenu… au pouvoir.

On parle d’une équipe Castex. Il faudrait dire un gouvernement Sarkozy. Le Premier Ministre ? Jean Castex, élu LR, ancien collaborateur de Sarkozy à l’Elysée, que celui-ci couvre d’éloges, homme de droite et du terroir, comme si le second corrigeait la première, comme si l’accent cachait l’étiquette. Avec une définition de poste tout aussi sarkozienne : un exécutant de la volonté présidentielle, comme devait l’être Fillon en 2007 et qui a eu tant de mal à y échapper.

Le ministre de l’Intérieur ? « Mon ami Gérald », dit Sarkozy, qui tient Darmanin pour un fidèle, un solide, et qui lui témoigne une touchante solidarité de victime du « tribunal médiatique ». Lequel Darmanin inaugure ses fonctions par quelques sorties dignes de l’ancien ministre de l’Intérieur « anti-racailles ». Le ministre de la Justice ? Un homme certes indépendant, Dupont-Moretti, mais qui se plaint comme Sarkozy des excès supposés des juges, ainsi qu’il l’a fait dans l’affaire « Bismuth », ou lors du procès des Balkany, vieux amis de l’ancien président. Dupont-Moretti n’est pas un homme de Sarkozy. Mais sur la justice, il pense comme lui. La ministre de la Culture ? Roselyne Bachelot, ex-chiraquienne devenue ministre du même Sarkozy, avant de hanter les talk-shows populaires.  A tout cela s’ajoute une évidente rupture d’équilibre. Désormais, la droite de la macronie tient les trois postes-clés, Matignon, Bercy et Beauvau, qui forment le trépied de l’action gouvernementale, et la gauche de la majorité s’en détache progressivement.

Ce qui se vérifie sur le fond. Dans son livre, Sarkozy sculpte sa statue d’homme des tempêtes, qui a résisté à la crise de 2008. Emmanuel Macron compte sur la même posture pour se faire réélire : celui qui a affronté la crise de la COVID, ce qui est un argument. Pour le reste, on tient le langage de la sécurité par Darmanin interposé et on prépare une loi Schiappa contre « le séparatisme », geste identitaire et symbolique qui rappelle la création, naguère, d’un « ministère de l’Identité nationale ». Et comme pour couronner le tout, on assure maintenant que Macron et Sarkozy vont dîner ensemble à Brégançon : un simple symbole, mais très éloquent.

On croit que l’ancien président n’a fait qu’un seul quinquennat. Au bout du compte, il pourrait bien en avoir deux à son actif : le sien, et celui de Macron. La ressemblance frappe : quelques réformes inaugurales bien à droite, des déclarations à l’emporte-pièce qui braquent les Français, une crise majeure qu’il faut gérer tant bien que mal, et une fin de mandat chaotique sous le signe de la disgrâce. Mais aussi un soutien fidèle de la droite profonde, qui a donné encore 48% des voix à Sarkozy en 2012 et offre cet été à Emmanuel Macron une jolie remontée dans les sondages. A dix ans d’écart, politiques semblables et même profil dans la faveur publique.

Cette ressemblance plonge la droite LR dans un abime de perplexité. Si elle surenchérit, elle se cogne au Rassemblement national ; si elle reste sur sa ligne, elle se retrouve dans le rôle des deux Dupont chez Hergé. Répondant à Macron, elle commencera ses phrases par « et je dirais même plus »… pour dire strictement la même chose.

La gauche devrait bénéficier de cette confusion des genres : qu’il s’agisse de Macron ou d’une candidature LR, c’est toujours la droite qu’elle aura en face d’elle. Voilà qui devrait simplifier les choses. A condition de savoir occuper l’espace politique qui s’élargit chaque jour entre les Verts et En Marche, à condition d’entamer la reconquête des classes populaires, à condition d’accueillir les électeurs macroniens déçus. C’est-à-dire à condition d’exister. Il y faut une gauche imaginative, audacieuse et crédible, qui sache se refonder et se dépasser. Suivez notre regard...

 

Laurent Joffrin