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Environnement et écologie : les couleuvres du gouvernement

Il est des animaux dont les défenseurs de la biodiversité devraient se soucier en priorité : les couleuvres. En effet, les écologistes de la macronie viennent d’en avaler une telle quantité qu’on doit s’inquiéter pour la survie de l’espèce.

On le sentait à écouter mardi matin Pascal Canfin, député européen LREM, ancien ministre dans un gouvernement de gauche, défendre d’une voix étouffée la politique du gouvernement Castex. Manifestement, il avait encore, symboliquement, quelques-uns de ces pacifiques reptiles en travers de la gorge.

Il faut dire que son ami politique par raccroc, le ministre de la Justice Éric Dupond-Moretti, a fait fort dans le genre beauf anti-écolo. Dans une préface à un livre pro-chasse, certes écrit avant qu’il soit coiffé du laurier ministériel, mais dont il aurait pu éluder la publication, celui qu’on surnommait « acquittator » - mais qui acquitte rarement le gibier qui passe dans son viseur - traite « des » écologistes d’ayatollahs (lesquels ? des noms ! Hulot ? Pompili ? Canfin ?) et qualifie les défenseurs des animaux « d’illuminés » et « d’intégristes », vieux cliché qui assimile ceux qui luttent contre la souffrance animale à une secte ésotérique alors que la conscience des excès de l’abattage et de l’élevage en batterie ne cesse de progresser dans tous les pays. Canfin a dû se sentir visé : il a condamné sans ambages les écrits de l’ancien avocat, ce qui interroge sur la présence de ces deux personnages antinomiques, « en même temps », dans la majorité. Il est vrai que le président lui-même avait naguère donné sa bénédiction à la chasse à courre…

Barbara Pompili, autre ralliée venue du vert, ne sait comment justifier la réautorisation projetée des « néonicotinoïdes », également nommés « insecticides tueurs d’abeilles », sous la pression des producteurs de betterave (qui défendent leurs intérêts, lesquels ne sont pas ceux des abeilles). Il est vrai qu’en 2016, sous Hollande, la même écologiste à géométrie variable avait vertement renvoyé ses contradicteurs dans les cordes en déclarant à l’Assemblée : "Si on commence à dire : on interdit là où il y a des alternatives, mais on fait des dérogations et on les laisse courir dans le temps, on sait très bien que c'est la porte ouverte au fait que certains néonicotinoïdes ne soient jamais interdits". Elle doit maintenant justifier que cette porte qu’elle voulait fermer reste désespérément ouverte…  Au fond, ayant choisi l’opportunisme, elle doit apprendre, comme les abeilles, à voler en zigzag. D’autant que d’autres dossiers l’attendent, tout aussi adhésifs : la « chasse à la glu », interdite en Europe mais autorisée en France, qui pourrait jouer le rôle du sparadrap du capitaine Haddock, ou celle de la tourterelle des bois, visée par les amis de Dupond-Moretti, mais défendue par les écologistes.

Cela ne dispense pas d’un bilan serré de l’action écologique du gouvernement depuis trois ans, que nous ne manquerons pas de dresser. Ce ne sont que des hors d’œuvre pour l’équipe Castex : ils passent mal…        

De l’autre côté de l’Atlantique, le parti démocrate semble tenir le bon bout. Sa convention virtuelle a été marquée par un réquisitoire à la fois humain et implacable prononcé par Michelle Obama contre Donald Trump. La gauche américaine joue le compromis interne : des candidats crédibles, Biden, huit ans vice-président, et Kamala Harris, ex procureure générale (à ce titre peu laxiste…) et sénatrice de Californie, mais des propositions neuves, souvent issues de la gauche du parti, qui donnent au projet Biden une dominante sociale. Ce qui a donné lieu à un plaidoyer vibrant de Bernie Sanders en faveur de son rival des primaires. Audace dans le programme, réalisme dans la stratégie : il s’agit d’élargie la base électorale du parti en partant d’un solide ancrage à gauche, mais en cherchant à mordre sur les électeurs – souvent ceux des classes populaires – jusque-là tentés par Trump. A ce stade, les sondages valident cette stratégie, même s’ils sont fragiles aux Etats-Unis et que la campagne ne fait que commencer. On ne saurait vendre la peau de l’éléphant (le symbole du parti républicain) avant de l’avoir battu… Trump garde sa capacité de saturer les médias à coups d’accusations grossières qui finissent par entamer les arguments les plus rationnels et les plus solides.

Mais si la victoire est au bout du chemin, la leçon peut valoir en France : une gauche équilibrée entre imagination et réalisme peut l’emporter. Encore faut-il cultiver ces deux qualités.  Imagination, réalisme : ce sont les deux mantras de notre association, qui vient de franchir le cap des 4000 soutiens et tiendra le 31 août sa réunion de constitution.