Je signe l'appel

Pour la création d'une force alternative à gauche

La lettre politique de Laurent Joffrin #13 - Conflans : les tâches de la gauche

Conflans : les tâches de la gauche

D’abord l’émotion, l’affliction et la solidarité… L’assassinat barbare d’un professeur par un fanatique islamiste suscite à la fois la compassion et la colère. La compassion pour cet homme juste qui ne faisait que son métier, l’un des plus estimables de la République, la compassion pour ses proches, pour sa famille, pour cette école de Conflans et ses enseignants désormais marquée à vie. 

La colère, ensuite, devant l’imbécillité meurtrière de cet intégrisme qui assassine sans cesse des innocents pour terroriser ses ennemis supposés, pour imposer sa vision obscurantiste. Tuer la liberté et défigurer l’islam : c’est le double rôle des fanatiques. 

Mais le drame interpelle aussi tous les républicains et notamment la gauche. Au fil des enquêtes journalistiques, il apparaît que l’assassinat a été précédé, non pas d’un « incident », comme disent certains journaux, mais d’une séquence scandaleuse où un professeur honnête, dévoué, tolérant, a été insulté, dénoncé, menacé sur les réseaux sociaux pour avoir fait un cours sur la liberté d’expression. Un militant associatif musulman a posté en ligne une vidéo attaquant cet enseignant – traité de « voyou » ! –, et exigé – !! – des sanctions à son encontre. Le post a tourné dans les milieux musulmans et, selon toutes probabilités, il est tombé sous les yeux de militants intégristes qui en ont profité pour alimenter leur propagande. Jusqu’à ce qu’un jeune Tchétchène réfugié en France, plus ou moins illuminé, plus ou moins endoctriné, se sente investi d’une mission sacrée : décapiter cet enseignant qu’il n’avait jamais vu, qui ne lui voulait évidemment aucun mal, qui enseignait la tolérance.

            C’est là que la gauche, qui a imposé en France la laïcité, la séparation ce l’Église et de l’État, l’école gratuite et obligatoire, la liberté d’enseigner, le refus de toute emprise religieuse sur les programmes scolaires, est mise en cause. On sait – mais on le tait souvent – que les atteintes à la laïcité et les pressions sur les professeurs sont désormais légion en France. Ceux qui en doutent doivent lire le livre de Jean-Pierre Obin, ancien inspecteur général de l’Éducation Nationale, lui-même marqué à gauche, qui détaille les inadmissibles et nombreuses tentatives des milieux islamistes – et de certains musulmans simplement bigots – pour influer sur les programmes, la pédagogie, les modalités de l’éducation sportive ou sexuelle, pour combattre l’enseignement de la Shoah, les découvertes de la science sur l’évolution, l’histoire des États-Unis (le grand satan…), etc. 

Sur cette réalité, on a trop longtemps, dans une certaine gauche, jeté un voile pudique. Plutôt que de mettre la poussière sous le tapis, n’est-ce pas, au contraire, le rôle d’une gauche conséquente que de prendre la tête du combat pour l’enseignement républicain, pour la laïcité, pour le savoir scientifique, pour les valeurs de pluralisme et de tolérance ? 

C’est à la gauche de réaffirmer le rôle central du professeur dans ce combat face à l’obscurantisme, de s’assurer que ces professeurs soient formés à l’enseignement de la laïcité et qu’ils soient soutenus par leur hiérarchie. C’est à la gauche de réarmer nos services publics et nos associations honteusement décimées par la suppression des emplois aidés, pour qu’il n’y ait plus de territoires abandonnés de la République. 

On dit qu’il faut rester prudent pour nepas « stigmatiser » les musulmans souvent victime de discrimination. Mais c’est précisément faire l’amalgame entre les intégristes et la masse des musulmans que de ménager les premiers en croyant épargner les seconds. La grande majorité des musulmans redoutent l’intégrisme, qui s’attaque souvent à eux en premier lieu. Ils souhaitent se débarrasser de ce fléau qui discrédite leur religion et donne des arguments à tous les xénophobes. Combattre les atteintes à la laïcité, cela doit être aussi le combat de ces croyants qui récusent l’obscurantisme, à l’exemple ces autorités religieuses islamiques qui ont condamné l’attentat de Conflans etexpliqué à leurs mandants qu’ils devaient ignorer les caricatures qui leur déplaisent et non réclamer leur interdiction. 

            La montée de l’obscurantisme religieux et le recul de la raison dans le débat public sont des défis majeurs du siècle qui vient. Si la gauche veut retrouver son audience, montrer qu’elle est en prise avec la société française, respecter ses propres valeurs et les défendre dans le monde d’aujourd’hui, elle doit prendre la tête du combat et non se résigner à un silence gêné.

Reactions