L’emploi pour tous

Marine de Calbiac | 14 Décembre 2020

Petit déjeuner avec Laurent Grandguillaume, président de Territoires Zéro chômeur de longue durée

 

 

Le 21 octobre dernier, nouveau petit déjeuner des Engagé.e.s avec Laurent Grandguillaume et des étudiants du groupe « Engageons-nous » de Sciences Po Paris, pour parler de l’action conduite par l’association Territoires Zéro chômeur de longue durée.

L’expérimentation Territoires Zéro chômeur de longue durée, lancée en 2017 et menée aujourd’hui dans dix territoires, s’adresse à toutes les personnes privées durablement d’emploi. Elle a pour but de valoriser leurs compétences et de s’adapter à leurs situations et besoins particuliers afin de proposer à chaque volontaire un emploi utile et durable. Le projet part du postulat que « personne n’est inemployable », et qu’en subventionnant la reprise de l’emploi, l’État économisera autant en prestations sociales et coûts indirects du chômage. Le projet a déjà bénéficié à plus d’un millier d’ex-chômeurs.

Ce dispositif vise les chômeurs éloignés durablement de l’emploi (1 an de chômage et plus), et des publics qui sont souvent sortis des structures d’accompagnement (Pôle emploi, non-recours au RSA). En moyenne, les bénéficiaires de ce dispositif sont au chômage depuis 4 ans, et 25% sont en situation de handicap.

L’initiative repose sur un pilotage original à double étage, national (le Fonds d’expérimentation) et local (Comités locaux pour l’emploi), qui permet de garantir à la fois une mobilisation des moyens nationaux et une adaptation aux situations particulières des personnes et aux tissus économiques territoriaux.

Pour chaque emploi créé, l’État contribue à hauteur de 18000 € et les départements à hauteur de 1500€. Le principe consiste en effet à financer l’emploi par une réaffectation des montants liés aux coûts du chômage (indemnités, RSA, autres minimas sociaux…), complété par le chiffre d’affaires des entreprises créées sur chaque territoire par TZCLD.

Ces entreprises à but d’emploi (EBE), aujourd’hui au nombre de treize, ont été chaque fois créées en lien avec les comités locaux qui recensent les profils des demandeurs d’emplois. Dans une démarche de co-construction, les personnes privées durablement d’emploi doivent s’exprimer sur ce qu’elles savent faire et ce qu’elles sont prêtes à apprendre. En fonction de ce qui est partagé, il peut être envisagé en amont de l’embauche d’avoir recours à des actions de formation.

Les personnes sont employées en contrat à durée indéterminée (CDI) et sans sélection, et les emplois créés ont tous une utilité sociale sans concurrencer le secteur privé, à travers des activités que celui-ci ne couvre pas (recycleries, épiceries ou garages solidaires…).

Le projet se heurte encore à certaines difficultés, comme le manque de confiance de certaines régions (qui voient parfois le nombre de chômeurs augmenter, avec la réinscription de personnes qui avaient abandonné toute recherche d’emploi), ou encore le coût et le ciblage du dispositif, car beaucoup d’EBE sont encore déficitaires aujourd’hui. Mais le bilan social global du projet reste très positif, et il montre qu’une démarche de co-construction avec les personnes et les territoires produits des résultats concrets et durables. Suite à l’adoption d’une nouvelle loi, le 16 septembre 2020 par l’Assemblée nationale, et le 4 novembre par le Sénat, l’association TZCLD va d’ailleurs prochainement étendre son activité à cinquante nouveaux territoires.

Marine de Calbiac

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Cheffe de cabinet @_les_engages
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