L’État-nation dans la mondialisation : quels leviers d’action ?

Marine de Calbiac | 13 Décembre 2020

Petit déjeuner avec David Djaïz sur son ouvrage Slow démocratie (2019)

Ce 12 novembre, nous avons reçu David Djaïz lors d’un petit déjeuner pour parler de son dernier essai : Slow démocratie, comment maîtriser la mondialisation et reprendre notre destin en main. Un ouvrage stimulant qui invite à remettre la nation démocratique au cœur de l’agenda progressiste.

David Djaïz a d’abord rappelé quelques éléments de contexte historique.

Sur l’impasse de la gauche

François Mitterrand s’est fait élire en 1981 sur la promesse du « keynésianisme dans un seul pays ». Mais dans un contexte d’interdépendance des économies européennes, son plan de relance a conduit à un déficit extérieur important, gonflé par l’augmentation des importations venues d’Allemagne. Le gouvernement de Pierre Mauroy s’est retrouvé dans une position similaire à celle du gouvernement travailliste anglais de James Callaghan (1976-1979) avant lui. Dès lors, la gauche ne peut que constater l’échec du keynésianisme à l’échelle nationale dans le contexte d’une accélération de la mondialisation et d’une ouverture croissante de l’économie française. Le paradigme de la « relance » est abandonné et la gauche, à l’image de Jacques Delors, embrasse le projet européen de convergence monétaire et d'accroissement des échanges de capitaux.

Le bilan de la mondialisation contemporaine

En dépit de l’accélération de la mondialisation dans les années 1990-2000, trois « ruptures » sont venues ébranler ses fondements ces vingt dernières années :

- Premier avertissement avec le 11 septembre 2001, qui bouscule le « consensus » du capitalisme et de la démocratie libérale avec une première contestation culturelle de la mondialisation par l’hyper-violence.

- La crise de 2008, ensuite, qui révèle les failles de la mondialisation. L’interdépendance économique n'a pas été compensée par la création de mécanismes de solidarités. En Europe, la crise des dettes souveraines entraîne une réduction des dépenses publiques qui contribue à augmenter les inégalités sociales. La mondialisation a permis de réduire les inégalités entre les nations, mais les inégalités au sein des nations se sont en revanche accrues.

- Nouveau signal d’alerte enfin avec la crise sanitaire de 2020, qui révèle l’ampleur de la dépendance internationale vis-à-vis des chaînes de production chinoises. Cette crise doit être l’occasion d'une redéfinition des équilibres dans l'économie internationale.

La conjugaison de l’augmentation des inégalités, de l’interdépendance des économies et de la circulation des capitaux nourrit une inquiétude très forte de la classe moyenne occidentale vis-à-vis de la mondialisation. La classe moyenne occupe des emplois « nomades », ceux qui sont précisément menacés par la délocalisation et l’automatisation.

Loin de la préconisation formulée par l’économiste Samuelson, le néolibéralisme a promu la mobilité des capitaux et l’interdépendance des économies nationales sans aucun renfort des mécanismes de protection sociale en parallèle. Avec, pour résultat, une fragilisation du tissu social.

Quelles pistes de réflexion pour la gauche ?

Face à ce constat, David Djaïz suggère que la gauche réinvestisse le cadre de l’État-nation, celui qui permet la solidarité entre les classes sociales, l’inclusion des citoyens et la protection sociale. Dans une mondialisation qui accroît les polarisations territoriales et sociales, il préconise également une nouvelle architecture publique à trois niveaux :

  • L’échelle locale pour assurer le développement économique et territorial du pays
  • L’échelle nationale comme cadre redistributif de la solidarité entre les citoyens
  • L’échelle européenne qui doit protéger les biens publics et résoudre les grands défis mondiaux : changement climatique, numérique, relocalisations…

La période de crise actuelle doit être mise à profit pour proposer une nouvelle vision de l’économie mondiale et nationale, avec des mesures précises que la gauche d’action peut porter :

  • Redéfinir notre architecture publique autour du triptyque local-national-européen.
  • Mettre en œuvre une taxe carbone aux frontières européennes, voire à l’échelle française si l’Allemagne s’y refuse. A noter que les EU mènent une politique protectionniste très forte : achats publics, barrières douanières.
  • Remettre à plat les règles budgétaires européennes vers une plus grande souplesse. La crise de la COVID permet de faire le constat de l’échec des politiques austéritaires. Il faudra être très exigeant sur la sortie de crise à l’échelle européenne : quelles sont les règles budgétaires que l’on doit adopter à l’échelle de l’UE ?
  • Renforcer le budget de l’UE pour le rendre plus ambitieux dans sa dimension redistributive.
  • Lutter contre le dumping fiscal au sein de l’UE.
  • Enfin, si l’inertie devait demeurer la règle au sein de l’UE, envisager de bâtir des accords spécifiques avec un petit groupe d’États membres.

 

Marine de Calbiac

À propos de

Cheffe de cabinet @_les_engages