Je signe l'appel

Pour la création d'une force alternative à gauche

La lettre politique de Laurent Joffrin #7 - Les deux séparatismes

Il est une mauvaise manière de critiquer le discours d’Emmanuel Macron sur le séparatisme islamiste : l’accuser de « stigmatiser » les musulmans, comme on le fait dans une partie de la gauche, notamment dans la gauche radicale. Outre que ce reproche est factuellement faux – le président a bien établi une distinction nette entre les courants islamistes et la masse des musulmans – il est du devoir de tous les républicains de dénoncer les entreprises de l’islam politique et radical – Frères musulmans et salafistes – contre les valeurs de liberté, d’égalité ou de laïcité qui unissent les Français. Proclamer que tous les musulmans sont attaqués quand on critique l’islam radical, c’est justement pratiquer l’amalgame que la gauche dénonce quand la droite et l’extrême-droite s’y adonnent. On croit combattre l’adversaire ; on le sert.

Mieux contrôler les associations infiltrées ou créées par les islamistes, arracher les jeunes enfants à un enseignement obscurantiste dispensé par des écoles plus ou moins clandestines, étendre le principe de neutralité aux entreprises remplissant des missions de service public : ces mesures auraient dû figurer depuis longtemps dans les programmes de la gauche. Et même d’autres, destinées à aider les professeurs en butte à la contestation des programmes émanant de milieux intégristes ou à assurer le respect des règlements d’hygiène et la mixité hommes-femmes dans les piscines publiques.

Non, la vraie critique porte sur la faiblesse de l’autre volet du discours : la lutte contre le séparatisme social, selon les termes d’Emmanuel Macron, qui facilite tant le séparatisme islamiste. Celui-ci provient de l’action patiente et concertée de groupes islamistes, certes. Mais comment ne pas voir que la multiplication des cités-ghettos, la détresse sociale et psychologique de quartiers entiers, la discrimination à l’emploi au logement, leur fournit un argumentaire redoutable, autant qu’un bassin de recrutement tout trouvé ?

Le dédoublement des classes ou bien la création de nouvelles « cités éducatives » vont dans le bon sens. Mais ce sont de maigres remèdes au regard de l’ampleur du mal. Quand on écarte d’un revers de main le « plan Borloo », on alimente les entreprises qu’on est censé combattre. Quand on accepte de factola non mixité à l’école ou qu’on reste inerte face à la non-application de la loi SRU, qui prévoit la construction de logements HLM dans toutes les communes de manière à éviter la concentration des classes pauvres dans les mêmes quartiers, on favorise les causes du phénomène dont on déplore les effets.

Culture de l’excuse ? Fuite dans le social pour éviter une question qui fâche à gauche ? En aucune manière. On le répète : l’offensive islamiste doit être combattue directement, sans faiblesse ni complaisance. Mais on n’arrivera à rien sans une action en profondeur qui s’attaque aux racines des choses. Un séparatisme favorise l’autre. Pour éliminer les symptômes, il faut aussi soigner la maladie.

Reactions