Le "Zoom de la Gauche" du 7 février 2021

Les Engagé.e.s | 15 Février 2021

Le 7 février dernier, douze partis, mouvements, clubs et personnalités de la gauche de l’action se sont retrouvés à l’occasion du premier "Zoom de la Gauche" initié par Les Engagé.e.s.

Le podcast de ce rendez-vous est disponible en intégralité ici.

Compte rendu du « Zoom de la Gauche » du 7 février 2021

 

PARTICIPANTS :

Fanny BÉNARD, À nous la démocratie

Guillaume LACROIX, Parti Radical de Gauche

Corinne NARASSIGUIN, Parti Socialiste

Jean-Christophe CAMBADÉLIS, Nouvelle Société

Célia BLAUEL, Paris en Commun

Aurélien TACHÉ et Émilie CARIOU, Les Nouveaux Démocrates

Jean-Marie ALEXANDRE, Mouvement des Citoyens

Paula FORTEZA, députée indépendante, anciennement rattachée au groupe Écologie Démocratie Solidarité

Jean-Marie CAMBACÉRÈS, Club D12

Emmanuelle COSSE, ancienne Ministre, écologiste

Pierre LARROUTUROU, Nouvelle Donne

Laurent JOFFRIN, Engageons-nous

 

Introduction de Laurent Joffrin, Président des Engagé.e.s

Laurent Joffrin dans son discours introductif a souligné la nouveauté de la démarche de rassemblement portée par l’association Engageons-nous. L’objectif de ce mouvement est double :

  • D’une part renouveler les idées, autour d’un projet Républicain, Social, Écologique afin de déboucher sur un projet commun pour une gauche de l’action. À partir de groupes de travail, le mouvement a déjà publié une centaine de propositions soumises à la critique et au débat, qui pourront être comparées aux autres initiatives à gauche et amendées.
  • D’autre part, rassembler les forces qui portent ce projet politique et créer une dynamique commune vers l’alternance.

Avant de discuter d’une candidature, il faut commencer par les idées, installer un dialogue, trouver une vision convergente, un socle commun pour soutenir ensuite une candidature. Avant de répondre à la question du « qui », nous devons répondre à la question du « quoi » et du « comment ».

 

1. Premier tour de table entre les 12 participants invités à présenter leur mouvement puis à évoquer le sens et les outils d’un rassemblement de la gauche

Fanny Bénard (À nous la démocratie) rappelle que son mouvement a été fondé en 2017 autour de la question de la réforme des institutions, afin de remettre les citoyens au cœur de la décision. À la question « qu’est-ce qu’être de gauche depuis l’élection d’Emmanuel Macron ? », Fanny Bénard répond que, par opposition à la droite, être de gauche signifie choisir le bien commun et les droits collectifs plutôt que les droits individuels ; choisir d’être libre ensemble plutôt que les uns contre les autres ; c’est choisir les générations futures et le monde qui leur sera laissé. Être de gauche, c’est choisir un monde désirable où chacun se sente à sa place et dispose de la parole. Or il est difficile aujourd’hui de s’y projeter. Face à la défiance aux politiques, des outils existent, comme la convention citoyenne et le référendum citoyen, mais il est tout aussi important d’éduquer et de former les citoyens à la politique.

Guillaume Lacroix (Parti Radical de Gauche) rappelle que le Parti Radical de Gauche est ancré dans l’amour de la République. Nous vivons, dit-il, un « burn out démocratique », né en 2008 avec la crise économique et qui s’est développé avec les crises terroristes, républicaines, la crise sanitaire et, bien entendu, la crise climatique. Face à ces crises, la capacité du politique à répondre n’est pas toujours démontrée. Un seul homme ou une seule femme ne peuvent pas tout résoudre, de sorte que la délégation au politique ne suffit plus. La double crise à la fois morale et de sens du politique engendre le populisme, dont le macronisme est une forme d’expression, avec le « ni de droite, ni de gauche » et la remise en cause des valeurs politiques. Les concitoyens finissent par se détourner de la politique. Autant il faut réinterroger les institutions, autant il faut renforcer le poids de la responsabilité/l’exemplarité des élus mais aussi celles des citoyens, lorsqu’ils participent à la décision politique.

Corinne Narassiguin (PS) explique que la direction en place depuis 2018 avec Olivier Faure s’est donnée pour mandat de prendre en compte la crise démocratique et de confiance dans la capacité du politique à changer la vie. Le ni-droite ni-gauche et l’idée de gérer l’État comme une entreprise ont contribué à cette perte de sens du politique. Cela nous impose de renouer le lien de confiance avec le citoyen. Corinne Narassiguin souligne que le Parti Socialiste a appris de ses erreurs sans renier son héritage, ni ses valeurs. La gauche est aujourd’hui multiple (associations, think tanks, partis) et éclatée, de sorte qu’aucune entité n’a le monopole de la désignation d’un candidat. Il faut repenser la gauche et l’écologie politique, en menant des combats communs. Nous avons lancé, ajoute-t-elle, le combat des socialistes pour la présidentielle de 2022. Il s’agit de définir un projet, et de repérer les points de divergences qui peuvent être résolus autour d’une « primaire des idées ».

Jean-Christophe Cambadélis (Nouvelle Société) salue cette initiative qui est « un bourgeon dans l’hiver de la gauche ». Si sa fragmentation perdure, dit-il, elle disparaitra du 2nd tour et risque même de disparaître de l’Assemblée, malgré les succès des municipales. La gauche peut se retrouver sur le banc de touche, à regarder la montée des communautarismes, des violences, du populisme. Il faut se rassembler sur deux objectifs : travailler à une nouvelle gauche et à une nouvelle architecture. Il faut constituer une « Fédération des Gauches » associant formations politiques, associations, clubs, personnalités et mouvements qui composent la gauche réaliste. La crise de la gauche, c’est la crise de son centre réformiste qui ne peut assurer le rassemblement de la gauche. Il faut tout à la fois travailler les idées et offrir une perspective à l’ensemble de la gauche.

Célia Blauel (Paris en Commun) rappelle que sa plateforme est parisienne à l’origine mais qu’elle se développe dans l’ensemble du pays et répond à l’intuition que le temps des territoires est venu. La plateforme a été conçue il y a trois ans autour de trois enjeux : l’urgence climatique, l’impératif de solidarité et le besoin d’une révolution démocratique. Pour répondre aux différents enjeux, il convient de débattre, d’accepter d’être questionné, de discuter le plus largement possible malgré les désaccords. Célia Blauel ne croit pas aux « gauches irréconciliables ». Elle pointe l’absence d’EELV autour de la table, même si ce parti ne représente pas l’intégralité des mouvements écologistes.

Aurélien Taché et Émilie Cariou (Les Nouveaux Démocrates) soulignent en premier lieu le besoin de dialogue. Il faut renoncer à une logique gestionnaire de la politique incarnée par Emmanuel Macron et au contraire revenir à une forme de réformisme radical. Il ne faut pas oublier qu’Emmanuel Macron a été élu sur une promesse de révolution. Les Nouveaux Démocrates forment un parti destiné à accueillir les déçus du macronisme et, plus largement, les déçus de la politique. Mais l’anti-macronisme ne suffira pas. Nous devons réinterroger nos logiciels dans un esprit de conquête. Et reconnaître qu’Emmanuel Macron reste populaire chez les jeunes alors qu’il n’a rien fait pour eux, ce qui rend nécessaire une remise en cause. Pour Émilie Cariou, les Français se sont détachés des partis de gauche mais les combats de la gauche persistent. Des inégalités profondes subsistent, la dérégulation a été un mirage. Elle a causé une dégradation du service public, de sorte que les fruits de la croissance n’ont pas profité à la population. La croissance ne se pense pas qu’en terme de Produit Intérieur Brut : il faut aussi mesurer l’accès à l’éducation, mener la transition écologique, garantir une vie dans des conditions dignes.

Jean-Marie Alexandre (Mouvement des Citoyens) rappelle que « comprendre – vouloir – agir » reste le triptyque du MDC comme il fut celui de la victoire de 1981. Une plateforme, « Le temps des citoyens », sera créée le 20 février. Les 100 propositions des Engagé.e.s sont encore incomplètes. Elles ne posent pas la question de la place de la France dans le monde, par exemple.

Paula Forteza (députée indépendante, anciennement rattachée au groupe Écologie Démocratie Solidarité) constate que la gauche est éclatée, plurielle. Même en agrégeant les différentes forces, le compte n’y est pas. Il faut élargir la gauche au macronistes déçus, à la France Insoumise. Il faut rassembler la jeunesse, qui souffre et qui est l’espoir. À cet égard, un certain nombre d’idées émergent comme le RSA ouvert aux jeunes dès 18 ans ou le vote à 16 ans, qu’elle avait défendu à L’Assemblée Nationale et qui est soutenu par le mouvement des Engagé.e.s. Paula Forteza cite la tribune des jeunes pour le climat, parue dans L’Obs : à nous qui prétendons représenter la gauche, nous ne représenterons rien ni personne si l’objectif est de mettre en avant nos seuls partis.

Jean-Marie Cambacérès (Club D12) souligne que la gauche doit aussi être fière de ses réussites et ne pas rejeter tout le passé (Mitterrand, Jospin, Hollande). Le Club D12, issu surtout de la société civile, vient de publier « 22 idées pour 2022 » et prépare un Manifeste. Pour l’avenir, il ne faut pas simplement faire des colloques mais coordonner et clarifier plusieurs choses dans le respect et l’indépendance de chacun. Il faudrait trouver un nom à cette « coordination » qui devrait s’exprimer et agir en tant que telle et devrait pouvoir participer à la désignation du futur candidat ou de la future candidate pour 2022.

Emmanuelle Cosse (ancienne Ministre, écologiste, membre d’aucun parti aujourd’hui) insiste sur la nécessaire convergence entre la politique sociale et l’écologie. L’éradication de la pauvreté est un enjeu que les partis politiques ne prennent pas suffisamment en compte. Il faut actualiser nos logiciels et nos propositions : arrivée des Gafa, dérèglement climatique. Il faut s’accepter ensemble, accepter les différences, savoir travailler tous ensemble, pour assumer notre passé et notre avenir.

Pierre Larrouturou (Nouvelle Donne) rappelle que face aux sondages mettant le Rassemblement National au pouvoir, la gauche doit se rassembler sur un programme mais aussi oser faire le bilan des 20 ans (sur les 40 dernières années) passés au pouvoir. Il faut des idées nouvelles portées par de nouvelles personnes. EELV, Cap 21 et Génération.s sont absents. Il faut se rassembler pour les régionales/départementales même si cela est compliqué. Le rassemblement se fait sur des idées nouvelles pour faire campagne, autour des quelques idées clés : la taxation des transactions financières, la semaine de 4 jours, notre modèle de croissance écologique.

 

2. Deuxième tour de table et débat autour de la crise démocratique

Laurent Joffrin annonce d’autres rendez-vous pour des réunions qu’il faudra élargir à l’avenir. Il introduit le débat sur la crise de la démocratie, qui se traduit par le discrédit des représentants et, plus largement, des élites et ouvre la voie à toutes les formes de populisme. Il s’agit, en un mot, de « rendre la Ve république aux citoyens ». Il rappelle les propositions des Engagé.e.s.

Fanny Bénard estime qu’il y a les outils de souveraineté (référendum, conventions citoyennes), l’enjeu de la citoyenneté (mieux former) et l’enjeu de la transparence (il faut des garants). Le tirage au sort n’est toutefois pas la seule solution car il s’agit aussi d’un mode de désignation. Il faut savoir s’emparer des nouveaux outils de démocratie en formant les citoyens. Ils doivent comprendre et savoir comment fabriquer la loi, et les politiques doivent les écouter et ne pas se contenter de simples postures.

Guillaume Lacroix estime que l’élection présidentielle trompe et tronque la démocratie parlementaire et entretient l’illusion qu’il y aurait « un héros » capable de tout gérer. Cela déresponsabilise les parlementaires, qui ne sont plus « à portée de baffe ». Il faut s’appuyer sur les territoires et renforcer les élus locaux par un statut de l’élu territorial. La politique fonctionne si l’on peut demander des comptes à quelqu’un, que l’on sait de qui on parle et lorsqu’il y a un lien direct avec celui-ci.

Corinne Narassiguin critique le « dysfonctionnement » de la VRépublique et souligne le mépris d’Emmanuel Macron pour le Parlement et les corps intermédiaires. Les propositions du PS, annonce-t-elle, viendront dans les mois qui viennent. Dans cette optique, il ne faudra pas oublier la démocratie sociale (les droits des travailleurs dans l’entreprise, la formation professionnelle, etc.).

Jean-Christophe Cambadélis, d’accord avec Fanny Bénard, souhaite ouvrir des nouveaux champs à la démocratie dans un contexte de division nationale ; il s’agit de se projeter dans l’avenir, sans se satisfaire d’un simple mécano institutionnel. Nous souhaitons, dit-il, une République exemplaire et impartiale, décentralisée et qui rende sa place au débat. Il propose d’abroger l’article 40 de la Constitution, qui empêche les Parlementaires de décider du budget de la Nation. Il propose de restaurer les droits du Parlement, lui rendre la primauté sur l’exécutif et le judiciaire. Mais il n’y a pas de démocratie qui vaille sans République sociale. Pour continuer le dialogue à gauche, il propose de créer une boucle WhatsApp où le débat se développera en temps réel.

Célia Blauel rappelle le sujet de la défiance envers le politique, qui doit nous alerter. L’exemplarité doit être renforcée. Le politique, dit-elle, peut plus qu’on ne le croit. Mais il faut travailler sur la représentation et non se contenter de déléguer le débat à une conférence citoyenne. Les élus ne doivent pas se cacher derrière les experts. Il faut travailler sur la transparence : dire la vérité en temps de crise, partager l’information, et s’ouvrir aux territoires. Les territoires ont une plus grande agilité que l’État. Célia Blauel souhaite donc renforcer la décentralisation et créer des alliances entre l’urbain et les territoires.

Aurélien Taché et Émilie Cariou estiment que la démultiplication des espaces de décision est un sujet important. La révolution démocratique annoncée par Macron a abouti à un césarisme technocratique. Il faut renforcer les corps intermédiaires et représenter mieux en les réinventant. Il faut poser la question de la proportionnelle et de la crise de la représentation, qui a provoqué le mouvement des Gilets jaunes. Dans l’exercice même du pouvoir, il faut de la transparence, sinon il n’y a pas d’adhésion à la Nation. Il faudra aussi réformer les grands corps de l’État et notamment l’ENA. Il faut enfin réformer le syndicalisme qui doit retrouver sa place de représentant légitime des travailleurs.

Jean-Marie Alexandre dit qu’il faut cesser de s’en prendre à certains élus. Les 500 000 élus font un travail formidable sur le terrain. Le principe de subsidiarité doit s’affirmer davantage, à travers une troisième étape de la décentralisation. Ceux qui ont fauté doivent être punis sévèrement. Pour le reste, les élus sont estimables et doivent être respectés.

Paula Forteza maintient que la transparence est clé (agendas, budgets). En période de crise, le manque de transparence alimente la défiance, le complotisme. Les comptes rendus du Conseil de défense pourraient être publics. Un autre volet est la participation citoyenne. L’enjeu du financement (pour permettre des candidatures en dehors des partis) est clé : prêt garanti par l’État par exemple (voté mais non mise en place).

Jean-Marie Cambacérès pense que la désaffection vis-à-vis des institutions vient en partie du fait que les citoyens veulent plus participer entre les élections. Il faut développer cette démocratie participative et relancer la démocratie sociale, sans affaiblir la démocratie représentative. Pour cela, Club D12 propose une série de mesures à 3 niveaux : 1) des réformes constitutionnelles (concernant la Présidence et le Parlement) ; 2) une nouvelle étape dans la décentralisation ; 3) un renforcement de la démocratie participative et une relance du dialogue social. Au-delà, il ne faut pas idéaliser l’individualisme, éviter les communautarismes et ré-enchanter le « vivre-ensemble ».

Emmanuelle Cosse propose qu’il y ait plus d’élus locaux dans nos discussions. La crise de participation est liée à la crise de l’État dans les territoires qui est trop faible. Les élus ne peuvent pas assumer la crise de la démocratie avec un État défaillant du fait de l’ineffectivité dans la mise en œuvre des politiques publiques. Les chambres citoyennes ne peuvent pas répondre à tous les enjeux du suffrage universel.

Pierre Larrouturou rappelle que pour Mendès, l’inégalité sociale vient du manque de démocratie. L’initiative citoyenne avec 100 000 personnes permet un débat à l’assemblée nationale, renforçant le rôle du Parlement. Il propose de rencontrer le pôle citoyen (collectif jeune) qui a travaillé sur un modus operandi.

 

En conclusion, Laurent Joffrin remercie tous les participants de ce premier zoom de la gauche et indique :

  • Que le compte rendu des échanges sera mis en ligne sur le site des Engagé.e.s,
  • Qu’un nouveau rendez-vous le 7 mars (1er dimanche du mois) est proposé, ce que les participants acceptent.

Sous le nom de « Zoom de la gauche », une boucle WhatsApp est créée en vue d’échanger des propositions et de se coordonner pour le prochain rendez-vous.

Compte rendu rédigé par Nabil Lakhal, Maxime Boutron et Laurent Joffrin pour « Engageons-nous ».

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