LR ou LZ ? - Lettre politique #125

Laurent Joffrin | 22 Novembre 2021

La primaire de la droite ? À la recherche de la mesure la plus réac, ce n’est plus le concours Lépine, c’est le concours Le Pen. Pendant deux heures de débat télévisé dimanche soir, les cinq figures de LR ont rivalisé dans la droitisation du discours. Remise en cause du droit du sol, préférence nationale, moratoire sur l’immigration, attaques contre le droit de vivre en famille pour les immigrés, rupture avec la convention européenne des droits de l’Homme, déploiement de l’armée dans les quartiers populaires… Le RN ou Zemmour pourraient légitimement déposer une plainte pour plagiat.

On comprend bien que les cinq candidats s’adressent non aux électeurs en général mais aux adhérents LR, réputés nettement plus à droite que leur électorat. Ils sont de surcroît bousculés par le phénomène Zemmour, même s’il a quelque peu pâli dans les sondages. On voit la référence : en 2007, Nicolas Sarkozy avait lui aussi, sous l’influence de Patrick Buisson, droitisé son discours pour priver d’espace Marine Le Pen. 


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Mais enfin, les paroles publiques ne sont pas toujours oubliées.  Une fois choisi, le candidat – la candidate, si Valérie Pécresse l’emporte – devra bien assumer ses fières déclarations. Son profil, en tout état de cause, sera nettement radicalisé. On se retrouvera, du coup, en face de trois droites identitaires, celle de Zemmour, maurassienne, brutale, aux marges du racisme, celle de Marine Le Pen, plus sociale en paroles, également xénophobe, mais d’apparence moins folle, et enfin celle de LR, qui reprend les mêmes thèmes, mais plus européenne et plus gouvernementale. Trois versions de la régression nationaliste.

Tout cela fait les affaires de Macron, qui pourra marauder sur les terres de la droite classique et garder son capital en se présentant comme le champion du centre droit, héritier de Chirac ou de Juppé et non de la gauche, libéral nuancé, conservateur modernisé. Ce glissement progressif du paysage politique vers la droite ouvre un espace à la gauche responsable, sociale-démocrate, qui peut, à la faveur de la dérive du macronisme vers la droite, faire revenir au bercail son électorat. Pour cela, il faudra élaborer le projet qui saura convaincre. Il n’est pas d’autre solution pour élargir d’audience de la gauche, pour l’instant confinée dans son pré carré fidèle mais réduit à moins d’un tiers de l’électorat.

Laurent Joffrin

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Président du mouvement @_les_engages