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La lettre politique de Laurent Joffrin #9 - Macron : le président des très très riches

Le président des très très riches

C’est le boulet du président. Un boulet de plus en plus lourd…. Ôtant du champ de l’impôt sur la fortune les actifs financiers pour se concentrer sur l’immobilier, le gouvernement avait promis de procéder à une évaluation annuelle des effets de la réforme. Chose promise, chose due… et dure. Publié sous la responsabilité de France Stratégie, aréopage officiel et honnête à la fois, le deuxième rapport d’évaluation montre que les principaux bénéficiaires du nouvel ISF (devenu IFI) et de la « flat tax » instaurée en faveur des revenus du capital, sont les 0,1% des contribuables les plus fortunés.

Les dividendes qui leur sont échus ont augmenté de 60% (14,3 milliards en 2017, 23,2 en 2018) et leur revenu global – principalement à cause de la hausse de ces dividendes – progresse beaucoup plus rapidement que celle de tout un chacun. Dans une formule qui avait fait mouche, un ancien président avait qualifié l’actuel de « président des très riches ». Il se trompait : Emmanuel Macron est le président des très très riches. La chose est d’ailleurs corroborée par une autre étude qui montre que les inégalités de revenu ont crû depuis le début du quinquennat alors qu’elles avaient diminué lors du précédent. En cause la suppression des aides aux logement et le gel des retraites.Résultat, la pauvreté atteint 14,8 % de la population, son niveau le plus haut depuis 1996, date à laquelle commence la série statistique de l’Insee.Libéralisme, quand tu nous tiens…

Cette fleur offerte aux très très hauts revenus a-t-elle bénéficié à l’économie nationale ? A vrai dire, France Stratégie n’en sait rien, comme le confessent ingénument les auteurs de l’évaluation. Y a-t-il eu « ruissellement », selon les canons de l’économie orthodoxe ? Il reste en tout cas invisible aux statisticiens et aux économistes, qui ne peuvent pas plus conclure sur les effets (en principe inverses), de l’alourdissement de la fiscalité des plus riches en 2012 et 2013. Autrement dit, c’est affaire de dogme, de foi ou de préjugés. Ceux du gouvernement ne sont pas douteux. Persistant et signant, pour lutter contre la récession née du confinement sanitaire, il a fortement diminué les « impôts de production » qui touchaient les entreprises. La taxe d’habitation sera supprimée pour tous, y compris les 20 % les plus riches, qui capteront à eux seuls 44,6 % des 17,6 milliards amputés du budget de l’Etat.Dans le 16e arrondissement de Paris les près de 72 % des foyers qui ne devaient pas bénéficier de la suppression économiseront 77,6 millions d’euros.

Il a aussi averti l’opinion qu’il ne toucherait pas à la réforme de l’ISF, au nom de la stabilité fiscale, quoi que puisse en dire France Stratégie. En d’autres termes, on publie une évaluation, ce qui est un bon point, mais on n’en tient aucun compte. Comme ceux des religions révélées, les dogmes ne se discutent pas…

Pourtant, au moment où s’accumulent les dettes colossales qui découlent de la crise du coronavirus, les plus aisés de nos concitoyens auraient-ils vraiment rechigné à apporter leur écot aux sacrifices communs ? La question ne sera pas posée. En même temps (selon la formule consacrée) la grande pauvreté a fortement progressé en France à la suite de la chute de la croissance. Cette fois le gouvernement n’est pas le principal coupable : le coronavirus en est la première cause. La coïncidence est néanmoins fâcheuse. Les uns pâtissent de la crise, les autres non. Pour résumer le tout, sous Macron, les pauvres s’appauvrissent et les riches s’enrichissent. En même temps…

 

 

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