NUPES : silence dans les rangs !

Laurent Joffrin | 12 Septembre 2022

Fabien Roussel ne veut pas d’une « gauche des allocs » et fait l’éloge du travail ; aussitôt, les docteurs de la foi de la NUPES le mettent à l’index : « réactionnaire », rétorque une écologiste, discours « de droite et d’extrême-droite », ajoute une insoumise. Et les chefs du PS et d’EELV de condamner à qui mieux mieux l’hérétique communiste. Étrange union de la gauche, tout de même, où toute entorse à l’orthodoxie - définie en fait par LFI - est aussitôt traitée à coups de règle sur les doigts…

« On ne peut pas combattre la droite et l’extrême-droite en reprenant leurs mots », s’écrie la cheffe des députés insoumis, Mathilde Panot, qui n’a pas inventé la poudre. Si la droite parle de la valeur travail, il faut donc bannir le mot : tel est le raisonnement des gardiens du temple. La gauche Mélenchon, c’est la gauche Pavlov.

Sur le fond, qu’a dit Roussel pour mériter cet opprobre ? Qu’il valait mieux travailler qu’être chômeur : scandale ! Que percevoir un salaire était plus satisfaisant que vivre de prestations : horreur ! Que le travail reste une valeur essentielle pour les classes populaires : vade retro satanas ! (1) A-t-il préconisé une quelconque diminution des prestations sociales, attaqué le principe de la redistribution ? Pas un instant. Il a seulement mis en doute une conception de la société dans laquelle travail et non-travail seraient mis sur le même plan, ce qu’on perçoit dans certains discours sur « la fin du travail », le « revenu universel » ou la « rupture avec le productivisme ».

Roussel relance un débat légitime : la reconquête des classes populaires passe-t-elle par la prise en compte de leurs préoccupations, de leurs valeurs, ou bien faut-il passer outre au nom de la pureté doctrinale et chercher d’autres alliances sociales ? Beaucoup de salariés modestes n’aiment pas « l’assistanat ». C’est un fait, comme ils s’inquiètent de l’immigration ou de l’insécurité. Toutes choses qui embarrassent la gauche. Faut-il donc regarder ailleurs, se serrer autour du drapeau et traquer tout écart de langage, quitte à laisser les électeurs les plus dévaforisés dériver continûment vers le RN ? Ou bien se saisir de ces thèmes avec courage pour définir une position solide ? Questions qui méritent un débat approfondi, et non un mécanique rappel à l’ordre.

 

(1) Sur ce sujet, les Engagés soutiennent l’expérience des « Territoires zéro chômeurs », dont Laurent Grandguillaume s’est fait le porte-parole, qui consiste, en résumé, à utiliser les allocations chômage pour créer des emplois pour les chômeurs de longue durée.

 

 


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Vladimir Poutine moque volontiers la « décadence » qui frapperait les habitants des démocraties occidentales, pour lui opposer la confiance et la force des peuples dirigés d’une main de fer au nom de la nation et de la tradition, comme la Russie. Or depuis cinq jours, au nord et à l’est de l’Ukraine, les soldats de cette nation sûre d’elle-même prennent la poudre d’escampette devant ceux d’une démocratie décadente, gangrénée par les valeurs occidentales et dirigée par un ancien amuseur en tee-shirt. Cherchez l’erreur…

 

Inquiétantes élections suédoises. Certes le résultat final n’est pas encore connu (tout se joue à un ou deux sièges près). Certes les sociaux-démocrates ont progressé pour remporter 30% des suffrages. Mais les Démocrates de Suède, parti d’extrême-droite, a créé l’événement en devenant la deuxième force du pays. Du coup la coalition de droite envisage de gouverner avec son soutien. Selon les commentateurs, deux facteurs expliquent cette progression historique dans un pays jusque-là épargné par la montée de l’intolérance : insécurité, immigration. Encore un sujet de réflexion pour une gauche sans œillères…

Laurent Joffrin

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Président du mouvement @_les_engages