Les groupes de travail

Nos propositions sont présentées dans la plateforme programmatique « Le temps des possibles », lancée avec 100 premières propositions en janvier 2021.

Près de 300 citoyens, issus de la société civile et de différents horizons politiques de la gauche, se sont déjà mobilisés. Ils contribuent, au sein de quatorze groupes de travail, à élaborer les propositions qui continueront à alimenter régulièrement la plateforme programmatique des Engagé.e.s dans les prochains mois.


Vous souhaitez rejoindre un groupe de travail ? Cliquez ici


 

  • Le « pouvoir d’agir » dans l’économie, dans la production, doit permettre à chacun d’être reconnu pour son travail et de trouver ainsi sa place et son utilité dans la société. 

    Nous entrons dans une crise sans précédent : au-delà de la montée du chômage attendue pour ces prochains mois, c’est tout le tissu productif français qui va être déchiré, entraînant le pays dans une vague de faillites d’entreprises et de désindustrialisation. Le rôle de la gauche dans cette période, c’est d’abord de proposer un plan pour préserver l’emploi, le pouvoir d’achat des français et la capacité de création de richesse sur notre territoire. 

    Cette crise ne vient qu’accentuer le sentiment que notre modèle économique occidental, un capitalisme libéral et mondialisé, a atteint ses limites :

    • Notre modèle de production intensif en ressources naturelles nous conduit à un épuisement de la planète ;
    • La mondialisation n’a pas profité aux classes moyennes et populaires des pays développés ;
    • La libre circulation du capital et les coûts de transport faibles ont encouragé la concentration de l’activité dans des centres urbains ;
    • La France et l’Europe n’ont pas réussi à entrer dans la prochaine grande révolution économique, celle de l’intelligence artificielle et de l’utilisation des données, devenant de fait des économies émergentes face aux géants technologiques américains et chinois ; 
    • Enfin, la crise du coronavirus nécessite de réétudier l’organisation de nos chaînes de production et la résilience de nos économies face à des crises exogènes, ainsi que le rôle plus général de l’État-stratège dans la production de biens communs.

    Notre objectif sera de proposer un nouveau modèle économique, qui permette de préserver le progrès social et l’objectif d’émancipation individuelle, tout en réduisant les inégalités, les fragilités et les effets négatifs pour la planète, générés par le modèle de croissance actuel.

  • Notre modèle de production intensif en ressources naturelles nous conduit à un épuisement de la planète et à une perturbation de l’environnement dangereuse pour la survie même de l’être humain.

    Pour autant, repenser ce modèle n’est pas chose aisée. L’addiction au point de croissance a structuré nos mentalités, nos territoires, notre société, alors même que les taux de croissance semblent condamnés à rester durablement faibles ces prochaines années et que ceux-ci ne reflètent pas le niveau de bien-être dans un pays donné. 

    L’impératif écologique s’impose à tous. Il doit s’appuyer sur des bases rationnelles et sur une volonté d’agir à la fois dans l’urgence et dans le temps long, en France comme dans le monde (nul ne s’en sortira seul). Il serait dangereux de décréter la culpabilité générale de l’humanité, contrainte à la contrition et à la soumission devant les « lois naturelles ». Cela reviendrait à nier la politique, en rejetant l’opposition droite-gauche, pour la remplacer par un clivage nébuleux entre amis et ennemis de la Terre. Il s’agit de donner une nouvelle définition du progrès et non de le récuser. Il s’agit de rejeter l’arrogance, mais aussi de conserver une confiance dans la science, dans l’intelligence et la créativité humaines. 

    Cette démarche écarte la perspective décroissante, qui ramènerait trente ans en arrière, au nom de la frugalité, la condition matérielle des classes moyennes et populaires. Les plus défavorisés doivent recevoir l’assurance que la mutation écologique ne se fera pas à leurs dépens, que leur pouvoir d’achat ne sera pas amputé et que le développement écologique se fera à leur bénéfice. Il faut mener une politique écologique ambitieuse, mais qui vienne en complément, non en amont ou aux dépens de la politique sociale.

    L’objectif de ce groupe sera de proposer un nouveau modèle économique, qui permette de préserver le progrès social et l’objectif d’émancipation individuelle, tout en limitant notre recours aux ressources naturelles non renouvelables.

  • L’émergence du numérique s’est traduite par de nouveaux services, des gains de productivité et une amélioration de la qualité de vie. Elle entraîne également, comme toute transition économique, un certain nombre de déséquilibres. Elle se traduit aussi par un fonctionnement différent des marchés. Le marché des technologies est concentré et dominé par quelques entreprises, aujourd’hui essentiellement américaines. Dans une économie de réseau, l’acteur le plus innovant tend à devenir dominant. 

    Cette nouvelle économie nécessite donc des dépenses accrues d’innovation. 

    La numérisation de l’économie s’accompagne aussi d’une polarisation croissante du marché du travail : l’économie numérique serait fortement consommatrice de travail très qualifié (ingénieurs, programmateurs) et de travail peu qualifié (services à la personne). Les emplois intermédiaires disparaîtraient progressivement, sous l’effet des progrès de la technique et de la pression exercée sur les marges des entreprises « traditionnelles » par les nouveaux entrants. 

    Nous assistons enfin à l’émergence de nouvelles formes de travail, où l’individu est auto-entrepreneur, sans pour autant créer sa propre entreprise. Il s’agit des travailleurs des plateformes, juridiquement indépendants, mais économiquement dépendants du flux d’offre que leur transmet la plateforme à laquelle ils sont connectés. Ces auto-entrepreneurs bénéficient d’une protection sociale inférieure à celle des salariés, sans avoir la perspective d’un éventuel enrichissement personnel lié à la création de leur propre entreprise.

    L’économie numérique est aujourd’hui en attente de son New Deal. Paradoxalement, la seule pensée politique aujourd’hui structurée et audible est la pensée libérale, alors même qu’elle n’apporte aucune solution aux problèmes soulevés par la transition numérique. Elle fait même obstacle, par principe, à la mise en place d’un nouvel environnement institutionnel. Cette tension entre un monde économique et social en forte mutation et une pensée politique dominée par un libéralisme désormais inopérant nourrit les partis contestataires.

    Parallèlement, le numérique peut être un vecteur de dynamisme économique, social, démocratique et institutionnel. Il suppose toutefois d’être accessible à tous, en remédiant à la « fracture numérique » que connaît encore la France.

    Il doit aussi être mis au service de tous, sans se retourner contre chacun : l’intelligence artificiel peut ainsi être un vecteur d’innovation majeure, si nous savons la contrôler.

  • Nous devons renouveler la promesse d’une école républicaine, qui permette à chaque enfant d’apprendre et de devenir un citoyen à part entière. Notre école ne remplit plus cette promesse depuis déjà plusieurs années. Les écoles des quartiers dits « politique de la ville » n’ont pas réussi à recréer une mixité sociale. Les enfants des classes populaires, de banlieue comme périurbaines, voient leurs choix d’orientation limités par un manque d’information, l’absence de bourses ou de logements étudiants dans les grands centres universitaires. Les résultats de l’étude PISA signalent chaque années les inégalités croissantes au sein de notre système scolaire. 

    La gauche a toujours eu à cœur de permettre à chaque individu de s’émanciper. Nous devons renouer avec cette promesse d’égalité pour futur citoyen.

    Les enseignants se sentent peu valorisés dans leur métier : faible rémunération, manque de moyens face à un nombre croissant de missions (enseignement des savoirs fondamentaux, mais aussi lutte contre les discriminations et le communautarisme), sentiment de manque de reconnaissance et de faible écoute de la part des gouvernants. De fait, le nombre de candidats au CAPES baisse depuis quelques années dans certaines matières. 

    Alors que les crises (économiques, sanitaires, environnementales) semblent se succéder, la nécessité d’investir durablement dans notre recherche doit être réaffirmée. Avec un effort de recherche qui stagne depuis le début des années 1990, la France s’est éloignée de l'objectif de 3 % du PIB investi dans la recherche. Ce décrochage fragilise la capacité du pays à répondre aux défis à venir, alors que la recherche, qu’elle soit en sciences expérimentales ou en sciences humaines et sociales, est un facteur considérable de dynamisme économique et social (les premières puissances économiques sont aussi les premières puissances en matière de recherche).

  • Sans une meilleure distribution du « pouvoir d’agir social », impossible de bâtir une nouvelle alliance progressiste entre classes populaires et classes moyennes. Pour y parvenir, il faut d’abord définir une politique de l’égalité. Elle est d’autant plus urgente que la première caractéristique de la mondialisation actuelle, c’est précisément l’accroissement des inégalités au sein des sociétés développées, qui affaiblit les démocraties et favorise les tentations populistes ou autoritaires. 

    Cette politique de l’égalité a au moins cinq points d’application :

    • Une meilleure protection des travailleurs, grâce à un code du travail rehaussé et modernisé. La classe salariale est désormais éclatée et elle sera inévitablement soumise à des reconversions massives liées à la fois à l’évolution du marché et à l’impératif écologique, que la crise en cours va accentuer de manière dramatique. 
    • La question de la réforme des retraites, écartée depuis la crise, pourra être traitée, en tenant compte de la nécessité d’avoir un système soutenable et acceptable.
    • Un État-providence personnalisé : les services publics de demain devront s’adapter à des conditions diverses, à des situations individuelles différentes, en démontrant qu’ils prennent en compte l’infinie variété des statuts sociaux et témoignent avant tout de la considération envers les citoyens, dont aucun ne doit se sentir délaissé ou abandonné. 
    • Le pouvoir des travailleurs dans l’entreprise. Il faut lutter contre la « souffrance au travail », contre la dépossession des salariés qui se sentent ramenés à condition de simples pions, par un rééquilibrage du pouvoir dans l’entreprise. Une solution consiste à accroître de manière substantielle la représentation des salariés dans les organes de surveillance de l’entreprise (conseils d’administration ou de surveillance). Une autre repose sur la généralisation progressive de la responsabilité sociale, territoriale et écologique de l’entreprise. Le salarié retrouve un sens à son action quand il participe à une œuvre collective socialement respectable, utile à son territoire et soucieuse de la planète. Ces objectifs ne sont pas forcément contraires à l’intérêt économique de l’entreprise, et même aux intérêts spécifiques des actionnaires. Une entreprise incivique risque de nuire à sa réputation, de rebuter les consommateurs et, au bout du compte, de faire de mauvaises affaires. 
    • Une politique de santé axée sur la prévention. La crise du coronavirus aura mis en lumière les risques liés au surpoids ou au diabète. La France connaît également une surmortalité masculine entre 55 et 65 ans. Ce sont des hommes qui ne profitent pas de leur retraite, des femmes qui se retrouvent veuves bien trop tôt. Protéger les Français c’est aussi leur assurer à tous un droit à la santé ainsi qu’un suivi régulier, qui permette de détecter les facteurs de risques.
  • Redonner à chacun un « pouvoir d’agir » passe par une politique de lutte contre les discriminations. Il faut rester fermement universaliste, mais la promesse républicaine doit être tenue, notamment pour les classes défavorisées, pour les minorités et pour les femmes. 

    Il faut imaginer les moyens d’une intervention volontaire et organisée de la puissance publique, visant à promouvoir les classes défavorisées en accroissant la mobilité sociale, non par des quotas ethniques, mais par des mesures impératives. C’est par cette méthode qu’on a amélioré l’égalité femmes-hommes dans certains secteurs de la société, même s’il reste un long chemin à parcourir. Il faut en tirer les leçons pour la mobilité sociale, en fixant des objectifs contraignants de mixité (ce qui s’appliquera ipso facto aux « minorités visibles », issues le plus souvent des quartiers populaires).

    Trois axes mériteraient plus particulièrement d’être étudiés :

    • Favoriser la mixité sociale dans les classes préparatoires et les grandes écoles. Quelques écoles, comme l’IEP de Paris (Sciences Po), ont mis en place des systèmes de recrutement spécifiques pour les étudiants issus des REP (réseau d’éducation prioritaire). Certaines grandes écoles ou classes préparatoires ont aussi lancé des cursus spécifiques pour boursiers. Ces initiatives restent cependant peu nombreuses, isolées et reposent sur la volonté de chaque école.
    • Si les mesures impératives ont permis d’améliorer la présence de femmes à des postes de responsabilité, dans le secteur public comme dans le secteur privé, l’origine sociale des dirigeants reste encore très homogène. De même, les tests de recrutement ont pu révéler des pratiques discriminantes lors des entretiens d’embauches dans certaines entreprises.
    • Les agressions liées aux préférences sexuelles supposées sont en augmentation.
  • La crise des « gilets jaunes » a remis en lumière la question de l’égalité face à l’impôt et de la part que doit prendre chaque catégorie sociale dans le financement de la transition écologique. Au-delà, cette crise nous interroge sur la notion de « consentement à l’impôt ». 

    En remettant en cause à la fois la taxe carbone et la disparition des services publics sur le territoire, ce mouvement soulève la question de l’équitable contribution au budget de l’État, de tous, mais en fonction des moyens de chacun.

    En France, les 10 % les plus riches détiennent plus de la moitié des richesses nationales quand les 50 % les plus pauvres se partagent seulement 5 % du gâteau.

    La question de l’égalité face à l’impôt pourrait être abordée selon 4 axes :

    • Un impôt juste : 

    Le patrimoine hérité est à l’origine d’une majeure partie des inégalités de revenus en France. De même, le niveau de taxation des entreprises varie fortement entre grands groupes et ETI/PME. Il faut introduire davantage de justice et d’équité face à l’impôt. 

    • Un impôt soutenable : 

    L’impôt est un instrument au service du politique, pour corriger certains déséquilibres économiques, sociaux ou environnementaux. La fiscalité environnementale s’intègre ainsi dans un projet plus vaste de transformation écologique de notre économie, mais elle ne peut opérer au détriment d’une fiscalité sociale. L’impôt peut aussi servir à la réindustrialisation du pays, en protégeant certains secteurs de la concurrence déloyale d’entreprises étrangères qui ne seraient pas soumises aux mêmes normes. 

    • Un impôt simple :

    Le consentement à l’impôt passe aussi par une meilleure compréhension de notre système fiscal et de l’affectation des ressources. A ce titre, la multiplication ces dernières années de petites taxes et de niches fiscales a pu fragiliser la lisibilité de l’impôt.

    • Un impôt efficace : 

    Certains impôts sont accusés de créer des distorsions nuisibles au développement de notre économie. C’est notamment le cas des impôts de production, même si les avis des économistes divergent fortement sur ce point.

  • La culture joue un rôle fondamental pour réunir la société autour d’imaginaires collectifs et de valeurs communes, pour offrir à chacun sa part de rêve et d’émotion, pour fonder un « droit à la beauté » qui ne soit pas l’apanage des milieux diplômés, pour offrir une expression publique aux sensibilités minoritaires qui ont vocation à concourir au patrimoine de demain. 

    Alors que la politique sociale dispense la protection nécessaire à toute personne, la culture, elle, réunit les citoyens, forme les esprits à la découverte, à l’échange, au mélange des formes et des idées, à la création. Les deux politiques sont intimement liées. La réduction du temps de travail libère les classes laborieuses et leur permet d’accéder à la culture. Ce fut la politique de Léon Blum et de Léo Lagrange, de Jean Zay, comme de François Mitterrand et de ses gouvernements. Aujourd’hui contrairement à ce que dit Jean Castex, la question n’est pas seulement de savoir si la culture est un secteur économique qu’il faut défendre, c’est surtout une vision de la société qui échappe aux règles marchande à la rentabilité, et nous fait un peu échapper à notre condition d’homo économicus à laquelle on voudrait nous réduire.

    Aucune collectivité ne se remet d’une crise, qui interroge toutes ses certitudes, sans la culture. La culture se définit par tout ce qui différencie de la nature. Les effets économiques et sociaux de la crise sanitaire ne sont pas encore complètement connus (on avance le chiffre d’un million de chômeurs supplémentaires en France). Cette crise présente donc le risque de nous amener à un état de nature sauvage avec une forte augmentation des inégalités et des intolérances, et avec pour seule réponse, la recherche rapide d’une activité productive quel qu’en soit le coût écologique ou social.

    Le risque est donc immense, en cas de délaissement de la culture, à un triple titre :

    • Risque pour notre cohésion : perte d’une respiration, perte de rêves, perte de cohésion
    • Risque pour nos talents : perte d’une génération de créateurs, en particulier jeunes
    • Risque économique : car la culture, même si ça n’a pas de prix, c’est près de 3% de notre PIB.

    Or, précisément, ce délaissement est en cours (festivals annulés, salles de cinéma à 25% de chiffre d’affaires, quand les GAFA ont vu leurs CA augmenter de 80% au cours du confinement).

    Dans la crise que nous traversons, nous avons besoin d’une relance culturelle. Celle-ci développe ce pilier de la vie collective, aussi essentiel que l’activité économique ou la justice sociale, car elle tisse le lien entre les individus qui communient aux mêmes principes de pluralisme, d’ouverture, de nouveauté, d’émotion et de découverte. La culture « fait société ». 

    C’est aussi à l’État d’affranchir la culture de la seule logique commerciale et, donc, d’encourager la novation et l’ouverture. C’est à lui de préserver la création française, qui doit échapper à l’uniformité des standards mondiaux et conserver une forme de souveraineté. Il y faut une régulation protectrice et une offre publique de biens culturels qui s’appuie sur de nouveaux outils, telles les plates-formes numériques, à travers un rôle élargi et des moyens nouveaux confiés au service public de l’audiovisuel. Il faut affirmer que la culture est un service public au même titre que la santé ou la justice. Ce service public, ce n’est plus aujourd’hui seulement l’État, qui doit retrouver un rôle de coordination et d’impulsion (revoir l’organisation du ministère de la Culture), mais les collectivités locales qui jouent aujourd’hui un rôle clé, plus important que l’État. Il faut donc redéfinir et resituer le rôle de chacun sous la houlette d’un ministère rénové.

  • Le sport est facteur essentiel de dynamisme économique et d’intégration sociale. Il est générateur d’emplois, il apporte un équilibre physique permettant de mieux s’épanouir dans ses autres activités, y compris professionnelles, il peut influer sur le « moral des ménages » lequel influe, à son tour, sur les indicateurs économiques.

    Il peut constituer une réponse aux problèmes d’intégration et d’insertion, à tous les âges, ainsi qu’aux problèmes d’insécurité. Il contribue à la vie associative, fait naître et vivre des clubs sportifs, offre des « modèles » que des jeunes sont tentés de suivre : le tout permet de favoriser le « vivre en commun ».

    Pourtant le Gouvernement l’a complètement délaissé, sans l’intégrer parmi les priorités, alors que la Coupe du monde de rugby de 2023 et les JO de 2024 (organisés en France et à Paris) auraient pu être un véritable moteur.

    Les jeunes, même s’ils ne sont pas les seuls, sont les premiers concernés par les activités sportives. 

    Plus largement, au-delà de la seule question sportive, ils se sentent parfois abandonnés par le pouvoir et les responsables politiques, quand ils ne le sont pas par la société elle-même. Il faut prévoir une politique d’intégration sociale des jeunes, qui peut passer par le service civique ou une forme de don forfaitaire de l’État ou de prêt garanti par l’État.

    La gauche sociale et solidaire doit se saisir de ces deux sujets, tant de façon disjointe que complémentaire, en proposant une politique d’intégration de la jeunesse, par le sport et de façon globale, qui favoriserait l’émergence d’élites sportives.

  • L’instauration d’une « VIe république », si elle suppose la fin de l’élection du président au suffrage universel, n’est ni souhaitable ni possible. Elle reviendrait à ôter au peuple un moyen démocratique décisif pour peser sur le cours des choses. 

    En revanche, la Ve république mérite une réforme en profondeur pour rendre aux électeurs – au peuple – un pouvoir plus étendu sur l’action publique, à travers une implication directe et un renforcement du Parlement. 

    Si les Français souhaitent être davantage associés au processus de décision, cette demande de participation échappe complètement aux canaux traditionnels de participation (partis politiques et syndicats) jugés trop longs et complexes. Il est donc nécessaire de réinventer une offre démocratique plus simple et plus interactive, sans pour autant entraver la démocratie représentative et les institutions politiques sans lesquelles notre système ne peut fonctionner : démocratie directe et démocratie représentative doivent se compléter, non se confronter.

    Les initiatives de consultation des citoyens ont connu un grand intérêt (cahiers de doléances, grand débat, convention nationale pour le climat). Dans le même temps, l’action publique est en crise car jugée incompréhensible et sans vision. Les décisions sont jugées trop complexes et incompréhensibles pour le citoyen. Le citoyen n’a plus confiance dans les personnes et les institutions qui le représentent.

    Les citoyens recherchent à travers des mouvements associatifs de nouvelles formes d’engagements, plus accessibles, ainsi qu’une forme d’utopie et de réenchantement démocratique. 

    Enfin, les corps intermédiaires sont accusés de ne pas représenter la société. Il y ainsi un essoufflement de l’engagement syndical en France depuis de nombreuses années. Or, les corps intermédiaires restent des interlocuteurs privilégiés du politique. 

    Il s’agit donc de développer les moyens d’intervention civique dans la marche des affaires entre deux élections nationales.

  • La décentralisation n’existerait pas sans la gauche. Elle a été un moyen de renforcement de la confiance entre l’Etat, dépositaire des valeurs de la Nation et de la République, et les collectivités territoriales, acteurs essentiels de la vitalité des territoires et du lien social.

    L’approfondissement de la décentralisation peut aujourd’hui apparaître comme une réponse nécessaire à la défiance d’une partie de la population envers les « élites » et une administration parfois jugée trop lointaine ou opaque. Il faut repenser l’organisation territoriale, en renforçant les structures intercommunales, la France se distinguant nettement par son éclatement communal.

    Le pouvoir normatif des collectivités territoriales et, en particulier, des régions constituera un autre palier de la décentralisation. Mais il ne peut être renforcé au détriment de l’équité entre les territoires, en ayant pour conséquence soit l’aggravation des inégalités territoriales, soit les déficits budgétaires des collectivités territoriales. Une nouvelle réforme de la décentralisation, quoique ambitieuse, doit donc d’abord être sociale, en proposant des mécanismes de péréquation et de compensation, sans pour autant nier la différenciation territoriale (c’est-à-dire des transferts asymétriques de compétences).

    Une réforme ou une poursuite de la décentralisation doit ainsi s’accompagner d’une lutte contre les inégalités, voire les fractures territoriales.

    Le développement équitable des collectivités locales passe d’abord par une prise de conscience du sentiment d’abandon présent sur certains territoires. La concentration des activités économiques dans les grandes métropoles régionales et la disparition des services publics ont dévitalisé progressivement les zones rurales et périurbaines. Le mouvement des « gilets jaunes » a été un révélateur de cette dévitalisation.

    Pour assurer la cohésion nationale, nous devons garantir à chacun la possibilité de se déplacer et d’accéder aux services essentiels. La solidarité entre métropoles et périphéries doit être repensée autour de la notion de bassin de vie.

  • La gauche doit regarder en face la réalité de la délinquance. En dehors des crimes de sang, dont le nombre est stable (même s’il augmente en 2019), les agressions et les vols progressent régulièrement en France. Une criminalité organisée s’installe et s’amplifie avec le trafic de stupéfiants qui tend à dominer des quartiers entiers. Les premières victimes de cette insécurité croissante sont les catégories populaires, même si la montée de la violence finit par nous atteindre toutes et tous. Alors même qu’elle a échoué à la combattre sérieusement, la droite en fait son thème de prédilection. La gauche, qui a montré sa fermeté et son autorité, notamment dans la période des attentats, est mieux à même de proposer une politique de sécurité, qui soit à la fois efficace, sociale et respectueuse des libertés. 

    Bien entendu, il faut agir sur les causes sociales de cette insécurité, liée aussi à la relégation qui frappe les plus défavorisés. Mais les causes sociales de la délinquance ne sauraient faire disparaître le principe de responsabilité individuelle. La délinquance est aussi un choix, qui fait encourir des sanctions. Autrement dit, l’action de long terme sur les facteurs socio-économiques ne dispense pas l’Etat d’intervenir immédiatement pour maintenir l’État de droit. La peine elle-même, indispensable, doit être pensée conjointement à la réinsertion qui doit en constituer le juste prolongement.

    La question des « violences policières » doit être aussi regardée en face. Cette violence est souvent une riposte à la violence de certains manifestants. Mais on sait aussi que cette riposte est parfois disproportionnée, par faute individuelle ou par mauvaise gestion des manifestations. La police est un élément majeur de l’État de droit. Mais quand certains policiers violent le droit, la sanction doit être rapide.

    La politique migratoire et les questions d’intégration sont un autre sujet de division de la gauche, écartelée entre une volonté d’ouverture et le constat qu’une concentration des arrivants dans les mêmes quartiers aggrave les difficultés (au niveau national, les statistiques font apparaître des pourcentages de nouveaux arrivants très soutenables ; mais leur répartition inégale sur le territoire change la perspective : on risque de gonfler les « quartiers-ghettos » générateurs de toutes sortes de maux sociaux). Dans le cadre d’un flux maîtrisé, les moyens d’accueil doivent être accrus, et doublés par une politique de répartition des migrants sur l’ensemble du territoire national (voir l’exemple de l’après-Calais). 

    Les demandes d’asile doivent être examinées et traitées dans des délais nettement plus courts, dans la mesure où ce droit n’est pas négociable dès lors que sa justification est établie. Mais il doit être clairement réaffirmé qu’il n’existe pas en France, au-delà du droit de circulation, un « droit d’installation » qui rendrait impossible toute maîtrise des flux migratoires. Les migrants qui sortent des cadres légaux doivent être raccompagnés aux frontières dans le strict respect de leurs droits et de leur dignité. 

    Les moyens d’intégration à la République – la langue, l’éducation, l’initiation aux valeurs communes, etc. – sont indissociables de toute politique migratoire.

  • Bien que la laïcité soit traditionnellement une valeur de gauche, elle semble avoir disparu du discours politique à gauche, laissant les Français désemparés face à la réapparition du fait religieux.

    La laïcité tend à être réduite au traitement politique de chaque communauté religieuse. Pourtant, la laïcité transcende par définition le dialogue interreligieux, pour inclure les croyants comme les athées dans une définition commune de l’État et de la liberté de conscience. 

    Cette incapacité à construire un discours sur la laïcité est d’autant plus problématique que la question du rapport au fait religieux refait surface. Au-delà de la question de la place de l’islam en France, on observe une augmentation des inscriptions dans les écoles confessionnelles et une multiplication des églises évangélistes. 

    Le risque serait de laisser le Front national se saisir de ce sujet et choisir les termes du débat. 

    Une parole de gauche sur la laïcité n’implique pas de toucher à la loi de 1905, mais d’en expliciter, voire d’en moderniser l’application dans la France du XXIe siècle.

    Historiquement, la loi de 1905 est une loi de compromis et d’unification de la gauche. Néanmoins, ce sujet semble être passé au second plan : la laïcité n’est plus un sujet juridique mais un sujet sociétal. Les questions que se posent les citoyens ne portent pas sur le financement des cultes en France, mais sur la place de la religion dans leur vie quotidienne (peut-on porter un signe religieux à l’université ? au sein d’un l’hôpital public ? quelle place pour la religion en entreprise ?).

    La laïcité est au final un concept très mal compris, ce qui nourrit l’hystérie ambiante autour du fantasme d’un islam conquérant ou d’une radicalisation de certaines (de toutes ?) religions. La loi de 1905, n’est pas un texte d’interdiction, mais un texte qui affirme la liberté et l’égalité des individus dans la sphère publique.

  • L’Europe (l’Union européenne) et le monde globalisé sont un sujet de discorde à gauche, car ils sont assimilés au libéralisme et à l’économie de marché. La gauche a été prise à contrepied par ses engagements européens. Certes, elle a bâti un espace démocratique, économique et monétaire uni, exceptionnel dans le monde. Mais elle voulait aussi une Union solidaire et protectrice. L’Europe s’est révélée bien plus libérale et contraignante qu’on ne le souhaitait à gauche et c’est à la social-démocratie qu’on en a fait porter la responsabilité.

    Notre République a toujours occupé et occupe toujours une position forte sur la scène européenne et internationale. Il n’est pas question d’y renoncer, d’autant moins que c’est en s’affirmant ainsi, tout en collaborant avec ses partenaires historiques, qu’elle sera en mesure d’affirmer ses valeurs sociales et de faire infléchir ou de corriger progressivement les politiques libérales et antisociales. La France a donc besoin de l’Europe et du monde tout autant que l’Europe et le monde ont besoin de la France.

    La gauche doit réaffirmer un projet européen fondé sur des objectifs tel la sécurité sanitaire ou un « green new deal ».  L’Europe doit aussi savoir protéger ses entreprises et ses travailleurs, en créant une taxe kilométrique ou une taxe carbone. La souveraineté numérique européenne passe aussi par un meilleur contrôle des technologies étrangères diffusées sur son territoire. La gauche, pour être crédible sur les scènes européenne et internationale, ne peut tenir un discours anti-européen ou anti-mondialiste : elle doit tenir un discours d’intégration, de cohésion et de progrès qui soit fidèle à ses valeurs et d’abord tourné vers les classes populaires, les minorités et les défavorisés. Il y a un socle sur lequel elle peut se retrouver : les valeurs sociales, les droits fondamentaux, la défense de l’écologie.