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La lettre politique de Laurent Joffrin #12 - Quand j’entends le mot culture…

Quand j’entends le mot culture…

La peur l’emportera sans doute sur la colère. L’opinion semble accueillir avec un certain fatalisme les nouvelles mesures restrictives annoncées par Emmanuel Macron. Les chiffres égrenés chaque jour et le vocabulaire employé – un « couvre-feu », mesure de guerre – sont propres à répandre une compréhensible inquiétude, qui incite à l’obéissance, sinon à la résignation. 

Pourtant la colère n’est pas loin. Cette deuxième vague n’en est pas une. Elle n’est que le prolongement d’une épidémie dont on sait depuis longtemps qu’elle est installée pour 18 à 24 mois, et l’amélioration de cet été n’a été que l’effet provisoire du confinement. Depuis cinq mois, tout esprit candide imaginait qu’on s’était prémuni contre un éventuel rebond de l’épidémie. Non pour l’empêcher : il faudra pour cela attendre la mise au point d’un vaccin. Mais à tout le moins pour en limiter les effets, par exemple en prévoyant un nombre suffisant de lits de réanimation, en imposant mieux les mesures de précaution pendant la période estivale, en récompensant à sa juste valeur le sacrifice des personnels soignants (la revalorisation salariale n’a pris effet que fin octobre ; pour l’ISF, ce fut plus rapide !), etc. On s’aperçoit aujourd’hui que rien de tout cela n’a été vraiment fait. Les hôpitaux d’Ile-de-France n’ont pas reçu de consignes particulières pendant l’été, de la part d’une ARS qu’on voit dorénavant aux avant-postes médiatiques. 

Si bien que cette « deuxième vague » dont beaucoup de spécialistes estiment qu’elle n’est qu’un redémarrage atténué, bien moins fort qu’en mars dernier, déclenche une nouvelle réaction « moyenâgeuse », selon le terme employé en haut lieu à propos du confinement général du printemps. C’est le président cigale. Macron ayant chanté tout l’été se trouva fort dépourvu quand le virus fut revenu. Macron a nommé Castex Premier ministre parce qu’il avait réussi le déconfinement. Il apparaît que ce déconfinement était un ratage. Castex préside désormais au reconfinement. Un gage de réussite… 

Une nouvelle fois, tout autant, ce sont deux secteurs-émissaires, la culture et la restauration, qui paient les frais de cette insouciance. On mesure mal le décisif coup de massue infligé aux théâtres, aux cinémas, à la musique et à tous les événements publics par cette deuxième frappe. Le spectacle vivant se remettait mal de l’épreuve du printemps. Celle de l’automne risque de l’achever. Quand j’entends le mot culture, je sors mon couvre-feu…

Même tarif, même punition pour les bars et les restaurants, dont beaucoup, après cette double saison en enfer, ne passeront pas l’hiver. La peur ne fera pas oublier cette colère-là. Forcée de se coucher avec les poules, la France est privée du rêve, de l’émotion, de la détente, de l’amitié qui se déploient habituellement après les journées de travail et qui font le sel de la vie. Comme avec les poules, on tord le cou des artistes, des créateurs, des musiciens, des metteurs en scène, des barmen et des baladins. Tout cela au nom du travail, préservé parce qu’il est diurne, comme si tous ceux-là ne travaillaient pas. 

Le mal étant fait, que peut-on attendre ? Au minimum une compensation suffisante pour sauver les meubles, prévenir ces faillites économiques qui pourraient, elles aussi, entraîner des morts tout court. Et puis un début de visibilité. Quel est le plan pour décembre ? Comment mettre de l’ordre dans le méli-mélo des tests ? Comment faire revenir assez de soignants à l’hôpital ? Comment, à plus long terme, sera distribué l’éventuel vaccin ? Comment mieux se prémunir contre d’autres futures épidémies ? Et autres questions sur lesquelles le gouvernement est étrangement discret. Tout cela laisse une furieuse impression d’imprévoyance, d’inconstance et d’inconséquence. Pour ne pas dire d’incompétence.

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