La sécurité et la tranquillité publique

Les Engagé.e.s | 18 Mars 2021

Petit déjeuner avec Hélène Geoffroy, maire de Vaux-en-Velin, et Sébastien Roy, directeur de la sécurité et de la tranquillité publique à la mairie de Saint-Ouen

Ce 18 mars, nous avons eu le plaisir d’auditionner avec nos adhérents Hélène Geoffroy, maire de Vaulx-en-Velin, et Sébastien Roy, directeur de la sécurité et de la tranquillité publique à Saint-Ouen en Seine-Saint-Denis.

La question de l’insécurité défraie régulièrement la chronique, comme l’illustrent les récentes violences qui ont frappé les banlieues lyonnaises. À cet égard, la sécurité et la tranquillité publique ne sauraient rester plus longtemps un « angle mort » de la gauche : elles sont une préoccupation importante pour de nombreux citoyens, et les premières victimes de l’insécurité sont souvent les classes populaires, qui n’ont pas le choix de leur lieu de résidence.

Si la sécurité est souvent une préoccupation majeure pour les élus locaux, deux visions s’affrontent sur le sujet : la sécurité relève-t-elle de la compétence de l’État ou doit-elle être traitée au niveau local ? Si les collectivités territoriales ont longtemps penché en faveur de la première option, l’évolution des violences urbaines et du développement du trafic de stupéfiants a conduit beaucoup de municipalités à s’attaquer au sujet et trouver des solutions à cette crise. À l’instar d’Hélène Geoffroy, qui a multiplié par 5 l’effectif de la police municipale de Vaulx-en-Velin et fait le choix d’armer ses agents.

Nos deux invités nous ont partagé leur expérience de terrain. Avec eux, nous sommes revenus sur les différents courants qui traversent la gauche autour des questions sécuritaires, sur le rôle et l’organisation de la police municipale et sur la lutte contre le trafic de drogue.

La police municipale

La question de la lutte contre les trafics et celle de la sécurité sont étroitement liées à celle de la police municipale. Quand la droite a supprimé la police de proximité, sous le mandat de Nicolas Sarkozy, les maires ont dû lui substituer une police municipale, mais dont les pouvoirs sont limités.

Se pose également la question de savoir s’il faut ou non armer les agents de la police municipale. Pour nos invités, la réponse est oui. Hélène Geoffroy rappelle que l’effectif de la police nationale n’est pas suffisant pour assurer la tranquillité publique, en particulier la nuit, ce qui est une première justification pour équiper correctement la police municipale qui s’en charge.  Elle fait également remarquer que les policiers municipaux sont devenus des « cibles » au même titre que leurs homologues de la police nationale et qu’ils ont donc besoin de pouvoir, le cas échéant, se protéger.

La question de la proximité entre la police et les citoyens est également importante. En plus de réduire le nombre de policiers et de mettre fin à la police de proximité, la droite a également transformé une police de « présence » en une police d’intervention. La police nationale n’a pas forcément une connaissance fine du terrain ; les policiers interviennent sur un mode de confrontation qui ne leur permet pas de régler les problèmes sur la durée. Comme l’explique Sébastien Roy, un policier en intervention dans un quartier de deal, sans connaissance du terrain et des habitants, ne fera pas forcément la distinction entre un guetteur et un jeune qui traine dans la rue. Sans forces de police en capacité de jouer ce rôle de proximité, le risque est réel de stigmatiser une grande partie des citoyens qui vivent calmement dans ces quartiers.

Les trafics de drogue

On a longtemps laissé le sujet du trafic de drogue de côté, considérant que c’était uniquement l’affaire des quartiers populaires, mais ce problème est aujourd’hui devenu d’ordre plus général. Hélène Geoffroy explique ainsi que, dans l’agglomération lyonnaise comme ailleurs en France, on a vu le trafic déborder des quartiers, et ce parce qu’il était devenu extrêmement rentable. On voit à Lyon des collectifs de citoyens, issus de quartiers jusqu’alors épargnés du trafic, attaquer lÉtat, lui reprochant de ne plus assurer leur sécurité.

Pour bien mesurer la rentabilité du trafic de stupéfiants, Sébastien Roy rappelle quelques chiffres : un « point de deal » à Saint-Ouen peut générer 1M€ de chiffre d’affaires par mois et un « chouf » (un jeune guetteur) peut gagner 100€/jour. Le trafic de drogue fait ainsi vivre des quartiers entiers. Cette dimension doit être prise en compte dans les débats sur la légalisation du cannabis ou les plans de lutte contre les trafiquants : leur disparition peut engendrer une crise économique très forte dans les quartiers concernés, et la question d’un véritable « plan Marshall » pour ces lieux doit être rapidement abordée.

Enfin, il faut comprendre que le débat sur le trafic de drogue ne se pose pas uniquement en tant que tel mais il faut l'élargir aux questions de politiques publiques. En ouvrant une nouvelle ligne de tram par exemple, la maire de Vaux-en-Vélin nous dit avoir reconnecté sa ville avec celle de Lyon, ce qui est essentiel pour ses habitants. Mais dans le même temps, ce nouveau moyen de transport a aussi reconnecté les dealers avec les clients. Ceux qui consomment ne sont pas des « junkies » mais des gens aisés, dont la consommation de stupéfiants provoque  la déstructuration de certains quartiers. Et désormais, le problème ne touche plus uniquement les quartiers populaires, mais aussi les milieux ruraux et les centres villes.

Les sommes liées au trafic de stupéfiants sont tellement importantes que le problème touche aujourd’hui le pays dans sa globalité. Il est donc primordial de changer de doctrine et de réfléchir collectivement aux meilleurs moyens de lutter contre le fléau de la drogue et des dommages qu’il produit sur le vivre ensemble et sur la santé.

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