ENERGIEECOLOGIE

Une stratégie de sobriété énergétique pour la France

Les Engagé.e.s | 01 Avr. 2021

Pour limiter le réchauffement climatique à 1,5°C d’ici à la fin siècle, il faudrait réduire de 7% les émissions de GES chaque année. Il faudrait donc que chaque année, l’économie mondiale subisse un choc comparable à celui de la crise du coronavirus.

I. La réduction des émissions de GES implique de s’engager dans une stratégie de sobriété énergétique

Les efforts de réduction des émissions de CO2 à consentir pour limiter le réchauffement climatique sont considérables

Pour limiter le réchauffement climatique à 1,5°C d’ici à la fin siècle, il faudrait réduire de 7% les émissions de GES chaque année. Il faudrait donc que chaque année, l’économie mondiale subisse un choc comparable à celui de la crise du coronavirus.

Pour limiter le réchauffement climatique à 2°C, il faudrait encore réduire de 2,6% les émissions par an ce qui représente un effort tout aussi considérable.

Une stratégie de réduction des émissions de GES repose sur deux piliers : la décarbonation et la sobriété

Le principal facteur explicatif de l’émission des GES est le Produit Intérieur Brut (PIB). En effet, l’énergie émettant des GES est nécessaire à la production et la consommation de tous les biens et services de l’industrie et des services.

Toutefois, grâce aux stratégies de décarbonation de l’économie (substitution de l’énergie fossile par de l’énergie nucléaire ou renouvelable), l’intensité carbone du PIB (les émissions de CO2 rapportées à la production de richesse) a reculé de 0,5% par an depuis 5 ans. Autrement dit, on produit autant avec de l’énergie moins émettrice de GES[1].

De même, avec les gains technologiques et les changements de consommation, l’intensité énergétique du PIB (la quantité d’énergie nécessaire pour produire ou consommer un bien) a diminué régulièrement de 1,5% à 2% par an sur les deux dernières décennies. Autrement dit, on produit autant mais avec moins d’énergie donc on émet moins de GES. C’est ce qu’on appelle l’efficacité énergétique.

La réduction des émissions des GES repose donc sur deux piliers :

  • La décarbonation: le remplacement de l’énergie carbonée par de l’énergie non carbonée (nucléaire et énergie renouvelable),
  • La sobriété énergétique : la réduction de la consommation d’énergie.

La stratégie de sobriété énergétique présentée ci-dessous se veut donc le complément de la stratégie de décarbonation développée dans une précédente note du Groupe de Travail « Mutation écologique ».

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Entre 1973 et 2012, la consommation d’énergie dans le monde a presque doublé (+ 92%) :

Note_LFE_-_Sobriété_énergétique_-_Graphe_1.png

Si, dans les pays de l’OCDE, la consommation finale d’énergie stagne voire diminue comme en France de 0,7 % en 2019, elle reste très élevée comparée aux autres zones ce qui implique de la réduire pour diminuer les émissions de GES.

La consommation d’énergie finale, variable selon les secteurs, se répartit principalement sur quatre secteurs quasiment équivalents en consommation, les transports, l’industrie, le secteur tertiaire et le secteur résidentiel :

Note_LFE_-_Sobriété_énergétique_-_Graphe_2.png

Après les bâtiments, le secteur des transports[2] est le plus énergivore. Il s’agit donc de centrer une stratégie de sobriété énergétique sur ces deux secteurs en priorité.

Une stratégie de sobriété énergétique comporte de nombreux effets positifs

La sobriété, c’est-à-dire la réduction de la consommation énergétique, n’implique pas la décroissance. Elle contribue à une meilleure allocation des ressources.

En effet, la réduction de la consommation d’énergie a un effet positif sur le pouvoir d’achat des ménages, sur la balance des paiements[3] en raison de la réduction des importations d’énergie d’hydrocarbures, principales responsables du déficit courant et sur l’emploi, grâce à un surcroît d’activité dans le secteur de la maîtrise de l’énergie et l’apparition de nouveaux besoins.

L’Europe et la France se sont fixés des objectifs ambitieux de réduction de la consommation d’énergie

L’UE s’est donné comme objectif de réduire de 32,5% sa consommation d’énergie primaire par rapport à l’évolution tendancielle d’ici à 2030.

La loi relative à la transition énergétique pour la croissance verte de 2015 reprend les objectifs suivants

  • Une diminution de 30 % de la consommation primaire d’énergies fossiles en 2030 par rapport à 2012 ;
  • Une diminution de 50 % de la consommation d’énergie finale en 2050 avec un objectif intermédiaire de réduction de 20% en 2030.

La Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) décline ces objectifs.

II. La stratégie de sobriété énergétique de la France se doit d’être ambitieuse

La sobriété résulte de choix individuels et collectifs. Les objectifs de la politique de sobriété énergétique autant que ses instruments sont du ressort de l’Etat auquel il appartient de mettre en place les réglementations appropriées – réglementations thermiques pour les logements neufs, diagnostics de performance énergétique, etc. –, mais aussi les incitations financières ou fiscales à la sobriété, et enfin les labels et les certifications indispensables dans certaines professions pour susciter la confiance des agents économiques dans l’efficacité des dépenses en faveur de la sobriété énergétique.

Cette politique relève aussi des compétences des collectivités territoriales notamment les régions, d’une part, pour la structuration d’une filière de la rénovation thermique en fonction des besoins réels – mise en place des formations adaptées – et, d’autre part, pour l’organisation de la mobilité économe en énergie ; mais aussi les communes et les intercommunalités dans le cadre de leurs politiques en matière de mobilité urbaine et péri-urbaine, d’aménagement du territoire et d’urbanisme.

La sobriété énergétique des bâtiments

L’ensemble du parc immobilier français devra correspondre aux normes « bâtiment basse consommation » d’ici à 2050 contre 6,6% seulement aujourd’hui.

Lancer un grand chantier de rénovation thermique

  • Créer un fonds unique abondé par l’Etat, la BPI ou la Caisse des dépôts et consignations dédiée à la rénovation thermique des bâtiments pour élever la demande et structurer l’écosystème correspondant permettant d’y répondre.
  • Simplifier et harmoniser les aides financières pléthoriques de rénovation thermique (certificat d’économie d’énergie, Maprime rénov, éco-prêt, prime coup de pouce, chèque énergie, réductions d’impôt) en privilégiant les subventions ou les aides directes plutôt que les réductions d’impôt qui ne profitent pas aux ménages modestes.
  • Favoriser le diagnostic énergétique global et les audits d’énergie préalablement aux travaux de rénovation afin de garantir l’amélioration de la performance énergétique, si besoin en conditionnant l’aide publique à un seuil minimal de DPE.
  • Cibler les aides sur une rénovation globale plutôt que par geste[4].
  • Conduire des campagnes nationales d’information sur le nouveau service public « FAIRE », dédié à la rénovation des bâtiments et aux certifications pour les artisans (RGE notamment), qui accompagne les particuliers et les entreprises.
  • Interdire à court terme la location de passoires thermiques pour obliger les propriétaires bailleurs à rénover leurs propriétés en conditionnant la location d’un logement à l’atteinte d’un seuil minimum de performance énergétique.

Structurer un véritable secteur économique de la rénovation thermique

  • Confier aux régions la définition les objectifs et le cofinancement des actions de rénovation thermique en fonction des besoins, encourager les partenariats avec les entreprises du secteur en termes de formation, d’emploi et d’aide publique.
  • Encourager la création d’une filière de la rénovation des bâtiments avec des offres de formation initiale (CAP, Bac pro, BTS) et continue (formation Pôle emploi notamment) et la reconnaissance de diplôme.
  • Concevoir une formation pluridisciplinaire autour de l’isolation globale des bâtiments qui fait, aujourd’hui, intervenir plusieurs corps de métier très différents (maçons, couvreur, chauffagiste, domoticien etc…).
  • Favoriser une nouvelle conception de la rénovation plus durable en réduisant la gamme des matériaux utilisés, en réutilisant des matériaux de seconde main et en développant le multi-usage.

Favoriser un pilotage économe en énergie des bâtiments

  • Créer des pilotages intégrés de régulation de consommation d’énergie dans les bâtiments.
  • Chauffage : promouvoir une température ambiante à 19°C dans les bâtiments, diminuer le chauffage la nuit etc.
  • Eclairage : Opter pour de l’éclairage basse consommation, limiter les éclairages dans les commerces la nuit.
  • Conduire une campagne d’information sur l’usage des appareils électroménagers afin d’inciter à débrancher son électroménager et les produits technologiques (Télévision, ordinateur, chaînes HI-FI) durant les périodes d’inactivité.

 

La sobriété énergétique des transports

Réduire les besoins en déplacement des villes

  • Mettre fin à la division des espaces urbains dans les politiques d’aménagements du territoire en quartier résidentiel, quartier de bureau, quartier de commerce afin de réduire les distances parcourues pour aller travailler, faire ses courses etc.
  • Ralentir la création de grandes surfaces au profit de petits commerces de proximité en interdisant l’installation de grands centres commerciaux au-delà d’un seuil minimal.
  • Développer le télétravail pour réduire l’utilisation des transports en permettant aux salariés de recourir à un minimum de télétravail sans opposition possible de l’employeur.

Réduire la place de la voiture individuelle dans les villes

  • Faciliter les modes doux (vélo et marche)[5] en augmentant l’espace réservé aux vélos sur les routes et en agrandissant les zones piétonnes interdites aux voitures individuelles.
  • Favoriser l’augmentation du nombre moyen de passager par véhicule sur rocades urbaines et autoroutes en réservant une voie au co-voiturage aux heures de pointe.
  • Accompagner le transport collaboratif en créant des zones de covoiturage ou de location de véhicule autour des villes pour les trajets longs.
  • Favoriser l’écosystème des plateformes de covoiturage pour augmenter le taux d’occupation des voitures individuelles.

 

Développer le report modal dans les territoires

  • Mettre fin à la suppression des petites lignes de TER dans les territoires.
  • Développer le train de nuit en mettant l’accent sur la qualité de service.
  • Créer des « autoroutes » pour vélo[6] pour vélo sur le modèle des Pays-Bas.
  • Développer les lignes de bus ou le transport à la demande dans les territoires ruraux et semi-ruraux reliant les lieux d’habitation aux zones d’activité.
  • Développer le fret ferroviaire et le transport combiné, par un effort d’investissement sur les infrastructures, la généralisation des trains longs (850 mètres) et une politique de « corridors fret » donnant la priorité au fret sur certains créneaux horaires.

La sobriété de consommation des biens et services

Augmenter la durée de vie des biens et encourager leur réutilisation et leur recyclage

  • Allonger la période de garantie des objets pesant sur le producteur pour favoriser leur réparation et prévenir l’obsolescence programmée.
  • Promouvoir la réutilisation des biens par des campagnes d’information et le soutien à l’écosystème numérique dédié : vente en occasion des vêtements, reconditionnement des objets technologiques.
  • Développer le recyclage (voir note du GT Mutations écologiques dédié à cette question)

 

Auteur : Louis Fayolle-Enjalbert

 

[1] De cet indicateur, il convient de distinguer l’empreinte carbone composée des émissions directes des ménages (16 %) et des GES résultant de la fabrication, en France ou à l’étranger, des biens et services que consomment les Français (84 %). Si l’empreinte carbone de la France baisse globalement depuis 15 ans, elle le doit uniquement à la baisse des émissions sur le territoire national, alors que les « émissions importées » sont en augmentation continue.

[2] On entend par « secteur des transports » l’ensemble des déplacements : les transports collectifs de voyageurs, le transport (professionnel) de marchandises, mais aussi les déplacements en véhicules utilitaires et véhicules individuels des particuliers, ces derniers représentant la part la plus important des émissions du secteur des transports ainsi entendus.

[3] Chiffres tirés de la stratégie nationale bas-carbone, Rapport d’accompagnement.

[4] La rénovation par geste est une rénovation ponctuelle (isolation du toit, remplacement des fenêtres) qui ne permet pas de remédier aux fuites thermiques d’un bâtiment alors que la rénovation globale modifie la construction existante en isolant toutes les parois et en ajustant le système de chauffage.

[5] La moitié des déplacements effectués en voiture en ville fait moins de 3 km ce qui est réalisable en vélo, à pied ou en transports en commun.

[6] Une autoroute pour vélo est une piste cyclable rapide permettant de faire des trajets longs avec plusieurs couloirs pour permettre le dépassement des cyclistes.

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