Venezuechon

Laurent Joffrin | 06 Janvier 2022

N’en déplaise à Jean-Luc Mélenchon, qui monte sur ses grands chevaux dès qu’on prononce ce mot en sa présence, il faut parler du Venezuela. D’abord pour des raisons humanitaires : quelque six millions de personnes ont fui ce pays ravagé par une crise économique et politique apocalyptique, soit quelque 20% de la population de cette petite nation pourtant détentrice d’une énorme réserve naturelle de pétrole. Ces exilés qui fuient une vie sans espoir se répartissent dans les autres pays de la région, Colombie, Équateur, Pérou, ou Chili, et parfois beaucoup plus loin. Selon les ONG s’occupant de réfugiés, cet exode est le plus massif qu’ait connu l’Amérique latine dans la période moderne. À l’échelle mondiale, c’est le deuxième en importance après celui provoqué par la guerre de Syrie et d’Irak.

Que s’est-il passé au Venezuela pour que tant de ses citoyens choisissent de partir sans rien, souvent à pied avec leur famille, pour tenter le sort hasardeux des exilés réduits à refaire leur vie dans des pays étrangers ? Une guerre ? Une catastrophe naturelle ? Un cataclysme d’origine inconnue ? Non : une décennie de régime post-chaviste conduit d’une main de fer par son président Nicolàs Maduro. Ce désastre historique rappelle amèrement une vieille blague naguère racontée par les dissidents du bloc soviétique : les communistes prennent le pouvoir au Sahara. Au bout d’un an, il ne se passe rien. Au bout de deux ans, pénurie de sable.


La lettre politique de Laurent Joffrin | S'abonner


Il y a deux décennies, le Venezuela était considéré comme l’un des pays les plus riches d’Amérique latine. Depuis, son produit intérieur a été divisé par cinq (!) et sa monnaie a pour ainsi dire disparu, anéantie par une inflation qui rappelle celle de la République de Weimar, avec des prix exprimés en millions de bolivars pour des produits de première nécessité et qui progressent sans cesse d’un jour à l’autre, plongeant les classes pauvres dans une misère sans précédent. Au début, Hugo Chavez, leader populiste, a distribué à son peuple la manne pétrolière, ce qui n’était pas une mauvaise idée. Mais très vite, une politique économique ubuesque a commencé à exercer ses ravages. L’industrie pétrolière a été ruinée par le manque d’investissement, l’économie par l’étatisation, le dogmatisme du pouvoir et la corruption. Le régime a survécu grâce à un mélange de rhétorique nationaliste et de féroce répression. Les organisations humanitaires font état de milliers d’exécutions sommaires, souvent perpétrées par des milices proches du pouvoir, d’actes de tortures et d’emprisonnements arbitraires.     

Malgré cet effrayant bilan, attesté par tous les observateurs de bonne foi, Jean-Luc Mélenchon a maintenu son soutien au régime et incrimine l’opposition bourgeoise, la chute des prix du pétrole et les sanctions américaines contre le Venezuela, tous facteurs qui jouent leur rôle mais ne sauraient expliquer l’ampleur de la crise et encore moins justifier la brutalité des sbires de Maduro. Sur tous les faits de violence politique, de terreur et d’incompétence économique, le leader reste d’une pudeur de gazelle, se contentant de rabrouer avec force rodomontades tout journaliste qui l’interroge sur le sujet. Ce qui pose une question politique décisive : comment ce candidat à l’élection présidentielle compte-t-il gérer la France, quand il manifeste un tel aveuglement envers cette expérience catastrophique menée par ses amis politiques au Venezuela ?

Laurent Joffrin

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Président du mouvement @_les_engages